« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

17 janvier 2015

SAINT ANTOINE LE GRAND

Père des moines
(251-356)

- fête liturgique le 17 janvier -

Antoine, entrant dans l’église un dimanche, entendit chanter l’évangile :

« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis, viens et suis-moi. » (Mt 19,21)

Sous la direction d’ascètes qui l’avaient précédé dans cette voie, il vendit tous ses biens et se retira en solitaire dans un sépulcre désaffecté, non loin du village, puis au désert, dans la montagne. Là, de nombreux disciples vinrent à lui, dont il devint le Père spirituel. Souhaitant se soustraire à la foule des fidèles qui, toujours davantage, accouraient à lui, il se retira dans le désert intérieur de la haute Thébaïde, tout en continuant à visiter, à intervalles réguliers, les ermitages et monastères de ses fils spirituels, et à recevoir des gens de toute condition venus quémander de la lumière et de la force spirituelles auprès de lui. Son biographe nous le décrit parfaitement détaché de tout ce qui le concernait personnellement, parce que profondément attaché à Dieu :

« Spirituellement pur, il n’était ni resserré par le chagrin, ni dilaté par le plaisir ; en lui, ni rire, ni tristesse, la multitude ne le troublait pas, tant de gens qui le saluaient ne lui causaient aucune joie excessive : toujours égal à lui-même, gouverné par la raison, naturel. »

Saint Antoine n'est pas le premier moine. Il est cependant à l’origine du mouvement monastique qui, par ses disciples, se propagea de façon spectaculaire autour de sa figure paternelle, en Égypte d'abord, puis dans tout le proche Orient. Le récit de sa vie, écrite par le Patriarche d’Alexandrie saint Athanase à la demande de moines latins, ainsi que la venue en Occident de nombreux ermites et cénobites issus des monastères égyptiens, palestiniens et syriens, contribuèrent à l’expansion rapide de l’idéal monastique à travers le monde latin. Saint Augustin y fait allusion dans des Confessions (VIII, 14-15).

La doctrine de saint Antoine est contenue dans sa Vie et dans ses Lettres. La retraite au désert transfigure le chrétien et rénove en lui la grâce du baptême. Pour aimer Dieu de tout son cœur le moine renonce à tout pour suivre le Christ au désert, séparé du commerce avec le monde, il peut affronter directement les tentations des démons, et obtenir pour toute l’Église les grâces et bénédictions du ciel.

On peut lire, en suivant ce lien, la VIE DE SAINT ANTOINE par saint Athanase dans une traduction française.

Enseignements de saint Antoine le Grand :

Nous aussi, persévérons chaque jour dans la vie ascétique ; si nous nous négligeons un seul jour, le Seigneur ne nous pardonnera pas en raison du temps passé, mais s’irritera contre nous pour notre négligence.

En restant sur la terre aride, les poissons meurent. Ainsi, à s’attarder avec vous à faire des séjours chez vous, les moines se relâchent. Il faut donc que, comme le poisson revient à la mer, nous revenions à la montagne, pour ne pas oublier, en nous attardant, les choses intérieures.
Au moment où le vent souffle paisiblement, tout navigateur peut avoir une haute opinion de lui-même et se vanter ; mais lorsque survient un brusque changement des vents, se découvrent alors les timoniers expérimentés.
De diverses manières Notre Seigneur, par sa grâce, purifie l’homme par de nombreuses tentations, l’éprouve et le rend expérimenté dans la conduite des combats intérieurs, de sorte qu’il n’est plus troublé par les pensées, le souvenir des iniquités ou des découragements, auxquels les hommes l’ont soumis ; il s’humilie devant Dieu et place en lui son espérance, étant toujours prêt à toute bonne œuvre devant Dieu, comme dit le prophète David : mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt (Ps. 107, 2).

Gardez à l’esprit que vous serez éprouvés de manière quelconque par vos frères, par le moyen du dénigrement et de l’injustice, ou que vous souffrirez du découragement de vos collaborateurs. C’est pourquoi lorsqu’il vous arrive quelque chose de semblable, tenez-vous fermement debout, ne craignez pas, ne vous découragez pas ; rendez grâces à Dieu pour tout cela, car sans Lui rien de semblable n’arrive, mais il le permet, car affronter des combats est nécessaire pour les serviteurs de Dieu ; celui-là, en effet, ne sera pas honoré par Dieu, qui n’aura pas été éprouvé de par sa bonté dans les tentations, les travaux, les chagrins et les faiblesses, de manière à s’accoutumer, dans la patience, à se maintenir dans le bien dans les cas semblables.


Moines coptes au monastère Saint-Antoine, en Égypte

Appliquons nous à l’effort, ne nous décourageons pas. Car en cela nous avons comme coopérateur le Seigneur, comme il est écrit : ‘Nous savons que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu’ (Rm 8,28). Pour ne pas tomber dans la pusillanimité, il est bon de garder à l’esprit ces paroles de l’apôtre : ‘je meurs chaque jour’ (I Co 15, 31).

Car si nous continuons à vivre comme si nous mourrions chaque jour, nous ne pécherons pas. Cette parole signifie que, en nous réveillant chaque matin, nous devons penser que nous ne verrons pas le soir ; et encore, en nous proposant de nous coucher, nous devons penser que nous ne réveillerons pas ; car naturellement le terme de notre vie ne nous est pas connu, ni quelle mesure lui a été fixée par la Providence.

Nous étant ainsi affermis, nous ne pécherons pas, nous n’aurons de passion pour rien, nous ne nous mettrons en colère contre personne, nous n’amasserons pas de trésor sur terre ; mais, comme attendant chaque jour la mort, nous serons libéraux envers tous et pardonnerons à tous ; nous ne garderons en nous aucun mouvement de luxure ou de tout autre plaisir impur, immédiatement nous nous en éloignerons, comme de toute agression, demeurant toujours dans la proximité de la mort comme voyant le jour du jugement. Car une forte crainte et le danger de la souffrance anéantissent la satisfaction du plaisir et réveille l’âme qui incline vers la chute.