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Le 'jour des morts'...

MORTUOS SEPELIRE
"Ensevelir les morts"
(Règle de saint Benoît, chapitre 4)




Avant l’ère chrétienne
L'arrivée du Christianisme
La Révolution et le laïcisme
La Liturgie des défunts
Les motifs de l’inhumation


Que ce soit dans le cadre de l’intimité familiale ou des événements du monde, l’homme est confronté à la mort. Il ne peut l’ignorer. La mort, et les cérémonies civiles ou religieuses qui la suivent, sont une occasion de réflexion sur l’existence humaine.
On ne peut alors éluder la question de ce qui suit la mort. Qu’y a-t-il après la mort ? Y a-t-il un au-delà ?
Quand on se pose ces questions, on commence à percevoir la vérité naturelle de l’immortalité de l’âme et, avec la grâce de Dieu, on entre progressivement dans le mystère de la destinée surnaturelle.
Dans toutes les civilisations les défunts ont été l’objet non seulement d’un souvenir, mais encore d’un culte religieux, civil et familial, tous ces aspects étant étroitement liés. Il y a toujours eu une vénération des ancêtres qui ont transmis la vie, l’éducation, la civilisation. À l’inverse le monde actuel est plutôt méprisant pour le passé. Il multiplie les moyens de prolonger la vie mais tend à cacher la mort, réduisant les cérémonies à de simples adieux et témoignages de sympathie.



Avant l’ère chrétienne

Chez tous les peuples d’ancienne civilisation on a pris soin des cérémonies des funérailles et du dernier séjour des défunts. L’usage d’inhumer les corps des défunts était constant chez les Hébreux, les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Romains. Aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps, on voit que les anciennes générations ont envisagé la mort, non comme une dissolution de l’être, mais comme un simple changement de vie. L’âme demeurait tout près des hommes, et continuait à vivre sous terre ; elle restait comme associée au corps. Les rites de sépulture qui ont perduré à travers les siècles, même quand les croyances se modifiaient, en sont le meilleur témoin.
On parlait au mort : « Porte-toi bien. Que la terre te soit légère. » Puisque le défunt continuait de vivre, il fallait lui fournir ce qui était nécessaire à la vie : vêtements, vases, armes, nourriture et boisson. Non seulement le jour de l’enterrement, mais aussi à des jours déterminés de l’année, on lui portait de la nourriture. Un auteur latin, Lucien, explique : « Un mort à qui l’on n’offre rien, est condamné à une faim perpétuelle ».
Cela s’observait encore, mais chez les seuls païens, au début de l’ère chrétienne.
En outre, selon cette croyance, l’âme continuait de vivre, mais en un lieu fixe ; il fallait donc que le corps auquel elle restait attachée fût couvert de terre. L’âme qui n’avait pas de tombeau n’avait pas de demeure : elle était errante, malheureuse et souvent malfaisante. Pour la même raison aussi fallait-il bien accomplir tous les rites prescrits et prononcer des formules déterminées.
C’est pourquoi les Athéniens firent périr des généraux qui, après une victoire sur mer, avaient négligé de rapporter à terre les morts pour qu’on les enterrât. La privation de sépulture et de cérémonies funèbres était un châtiment dont la loi frappait les grands coupables ; on infligeait à l’âme un supplice presque éternel. C’est pourquoi Antigone, dans la célèbre pièce de Sophocle, préfère mourir que de laisser son frère sans sépulture car, dit-elle, la sépulture est une loi des dieux, et nul humain n’a le droit de la transgresser.
Cependant, la pensée philosophique et religieuse évoluant, le lieu des morts devint une région souterraine, l’Hadès, où les âmes étaient toutes rassemblées, et où peines et récompenses étaient distribuées. On voit, d’après Homère, que l’existence après la mort était réduite à une image, une ombre impalpable, qui cependant était le portrait physique et moral du défunt. Le rite de la crémation fut alors introduit pour hâter, pensait-on, le passage à cet état évanescent de l’âme totalement séparée du corps. L’Iliade et l’Odyssée en sont les témoins.
Les Romains, loin de considérer les sépulcres comme des lieux sinistres, ensevelissaient les défunts ou bien dans leurs propres villas — in ortulis nostris secessimus, est-il dit dans une épigraphe — ou le long des grandes voies consulaires qui partaient, comme autant d'artères, de la Ville éternelle pour traverser l’Imperium. Sur ces hypogées funéraires, recouverts de violettes et de roses, on célébrait à des jours déterminés des sacrifices après lesquels les vivants s'unissaient d'une certaine manière aux trépassés en consommant en souvenir d'eux les aliments du banquet funèbre. Rome subit la même évolution que la Grèce, surtout à la fin de la République et sous l’Empire, avec la décadence des mœurs, et par crainte de traitements indignes des corps de la part des ennemis. Cependant les rites demeurèrent globalement inchangés. Par ailleurs, les âmes des morts, qu’on appelait ‘mânes’, reçurent un culte presque divin : Rendez aux dieux-mânes ce qui leur est dû, dit Cicéron ; ce sont des hommes qui ont quitté la vie ; tenez-les pour des êtres divins.” [1] Ils avaient leur autel propre, et on les invoquait pour être secouru.


Le christianisme

Une chambre funéraire de la nécropole vaticane, Rome
Les diverses croyances et pratiques païennes n’étaient que l’expression d’une réalité naturelle que tous les hommes connaissent plus ou moins clairement. Tout ce que le rituel funéraire de l'antiquité classique contenait de naturellement légitime et de vraiment conforme à son génie, l'Église, selon sa sagesse habituelle, voulut le conserver ; bien plus, elle le purifia et le suréleva, le transmettant ensuite aux nouvelles générations pénétré d'une idée nouvelle qui imprimait un sentiment de vie et de joie à toute la liturgie funèbre : l'idée de la résurrection, à l'exemple du Rédempteur.
Avec l’expansion de la religion du Christ, la pratique de la crémation alla en diminuant jusqu’à disparaître vers le Ve siècle. Les premiers chrétiens refusèrent la crémation et recoururent à l’inhumation au prix de grandes difficultés. L’Église romaine accordait à chaque défunt un loculus creusé dans le tuf du sous-sol. Tertullien nous parle des dépenses importantes que faisaient alors les chrétiens pour acquérir des arômes d'Orient destinés à embaumer les cadavres. Il y a quelques années on trouva, près de la crypte du martyr Sébastien ad catacumbas, un corps dont les mains étaient liées derrière le dos, et qui avait été enduit d'une couche assez épaisse de baume l'enveloppant entièrement, et qui, brûlé, conservait encore son parfum.
On venait offrir à des jours déterminés, sur ces tombes, à la place des habituels parentalia des païens, ce que saint Augustin appela plus tard d'un si beau nom : sacrificium pretii nostri, le sacrifice de notre rachat. L’usage d'offrir l'Eucharistie pour les fidèles défunts se confond ainsi avec les origines mêmes de l'Église. Au temps de saint Ignace d'Antioche et de saint Polycarpe, on en parlait comme d'une chose désormais traditionnelle. Tertullien en parle explicitement : Oblationes pro defunctis, pro nataliciis, annua die facimus [2]. Saint Cyprien, moins d'un demi-siècle plus tard, parle du sacrifice pour les défunts comme d'une pratique réglée et dont il n'avait fait que recueillir l'usage dans la succession de ses prédécesseurs [3]. Défense était faite de l'offrir pour quiconque aurait violé telle ou telle loi ecclésiastique [4].
Par la suite on établit que la sainte Messe ne serait célébrée que sur les tombeaux des martyrs ; on interdit d'offrir le sacrificium pro dormitione pour les fidèles qui, en raison de quelque faute spéciale, s'en étaient rendus indignes. Il fut également défendu de déposer la sainte Eucharistie sur la poitrine des défunts pour les enfermer ensuite dans leur sépulture avec ce gage de résurrection. Enfin, au 4e siècle, il fut aussi interdit aux fidèles, en Italie, d'aller célébrer les banquets funèbres sur les tombeaux des morts.
L’arrivée des barbares, qui, sans cesse en déplacement, brûlait le plus souvent leurs morts, aurait pu réintroduire l’usage de la crémation. Il n’en fut rien, et, à mesure qu’ils se fixèrent et se convertirent au christianisme, ils adoptèrent la pratique de la sépulture. Néanmoins ces invasions barbares en Italie modifièrent quelque peu la première liturgie funèbre chrétienne. Les cimetières suburbains étant devenus trop dangereux en raison des incursions ennemies, la sépulture souterraine dans les catacombes cessa d'être en usage, puis l'on commença à enterrer les morts à l'intérieur de la Ville, dans les églises et le long des narthex. Il s'ensuivit que, si déjà ils n'avaient entièrement disparu, les repas funèbres traditionnels devinrent dès lors impossibles, de même que l'habitude de répandre sur les tombeaux des fleurs et des parfums. Le culte des défunts dut donc sacrifier son antique rituel, pour ainsi dire domestique et familial, et se renfermer dans les limites bien définies de la liturgie. Il finit par comprendre simplement la sépulture dans le lieu saint, le sacrifice eucharistique offert lors de la déposition, le septième et le trentième jour après cette déposition ainsi que pour son anniversaire, et plus tard enfin, le chant de l’officium defunctorum.


La Révolution et le laïcisme

Il fallut attendre la Révolution française pour que commençât la pratique des enterrements civils. Dès lors tout se réduisit à des cérémonies d’adieu, des hommages au défunt, des réunions d’amitié et de condoléance. Quant à la crémation elle ne fût tout d’abord remise en honneur que sous la forme d’un rapport de l’Assemblée (en 1796), puis légalisée à la fin du XIXe siècle sous l’influence des sociétés maçonniques, tandis que la coutume des funérailles laïques s’étendait. La société actuelle, qui propage la mort par l’avortement et l’euthanasie, veut la dissimuler et se débarrasser des défunts de la manière la plus expéditive.



La liturgie des défunts

Pour connaître la vision chrétienne de la mort et de la vie après la mort, ainsi que les fondements des pratiques de l’Église, le mieux est de suivre le déroulement de la Liturgie des funérailles.
La Liturgie des funérailles dans sa forme actuelle peut surprendre. Les ornements noirs semblent lui donner un caractère sinistre. On fera observer que dans l’antiquité cette liturgie était joyeuse et que les vêtements liturgiques étaient blancs. Mais l’Église est réaliste et humaine. Si, dans un temps de grande ferveur, on ressentait effectivement beaucoup plus fortement la proximité de la vie céleste, et si le départ d’un être cher était tout d’abord vu comme une libération, une entrée dans la vie, la perception des réalités surnaturelles s’est par la suite quelque peu estompée. Les siècles ont passé. L’Église ne veut pas être hypocrite, ni irréaliste : elle se fait proche de la souffrance de ses fidèles, et des chants joyeux seraient indécents et tout simplement irréels... La réalité est que l’on ressent bien plus aujourd’hui la séparation et la purification qui précède normalement l’entrée au ciel. La Liturgie des défunts n’en est pas triste pour autant. Elle est paisible et pleine d’espérance.
Les funérailles chrétiennes commencent par la « levée du corps ». L’Église, en la personne du prêtre accompagné de la famille et des amis du défunt, se rend à son domicile. Le corps est porté en procession jusqu’à l’église au chant des psaumes de la pénitence. L’Église et le défunt s’unissent ainsi dans une même prière de supplication, implorant le pardon des péchés. L’entrée du corps dans l’église symbolise l’entrée de l’âme dans le sanctuaire du ciel. C’est pourquoi on chante à son entrée le répons Subvenite : « Venez au-devant de lui, saints de Dieu, accourez à sa rencontre, anges du Seigneur… »
Le saint sacrifice est alors offert pour l’âme du défunt. En effet, les péchés, même pardonnés, doivent être expiés : une chose est d’être réintégré dans l’amitié et la famille divine – ce que l’on présuppose – autre chose est de réparer le mal que l’on a commis contre soi-même, contre l’Église et contre la gloire de Dieu. Cette expiation a été accomplie une fois pour toutes par le sacrifice du Christ, mais il reste à l’appliquer à l’âme individuelle, et à le rendre concrètement efficace par sa célébration sacramentelle.
L’introït est tiré d’un livre apocryphe de l’Ancien Testament, le quatrième livre d’Esdras. S’y trouvent deux termes qui reviennent constamment dans la Liturgie des défunts : le repos et la lumière. L’Église prie pour que les défunts entrent dans le repos. Ce repos n’est pas celui du sommeil ou de la léthargie, mais la fin des travaux, peines et tribulations de cette vie présente.
« Par son labeur et son repos, Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous a acquis le repos, de sorte qu’après avoir déposé la chair nous pouvons aussi nous reposer dans le septième jour [le sabbat], en attendant que se célèbre la résurrection de la chair : alors, nous régnerons dans le huitième jour [5]. »
Le deuxième terme est celui de lumière. Cette lumière est celle de la vision divine. « Dieu est lumière ». Les Hébreux n’avaient pas d’idée très précise de l’au-delà : ils imaginaient un séjour sombre et triste, dans lequel les âmes devaient attendre la venue du Sauveur. La liturgie reprend ces images en leur conférant un sens plus précis tiré du Nouveau Testament.
La collecte demande que le défunt échappe à l’enfer et soit conduite au ciel par les anges. La Liturgie se rapporte au moment suprême et décisif du jugement particulier de l'âme, où son sort se décide pour l'éternité. Dieu, pour qui il n'y a ni passé ni futur, a déjà vu comme présente la médiation de l'Église. Les anges, en particulier saint Michel, ont la fonction de « psychopompes », c'est-à-dire qu’il leur appartient de conduire les âmes au Ciel.
La première lecture est tirée de l’épître aux Thessaloniciens où saint Paul leur rappelle que le mystère de la Résurrection exclut toute tristesse mondaine :
« Ne vous affligez pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance ».
Après le Graduel et le Trait, qui reprennent le thème de la lumière et du pardon, on chante la célèbre séquence Dies irae, à laquelle des interprétations romantiques ont donné un caractère sinistre qu’elle n’a pas. En fait, cette séquence faisait suite, comme son nom l’indique, à l’Alleluia du premier dimanche de l’Avent, dont l’évangile porte sur le jugement dernier. À part les derniers versets qui ont été rajoutés, il n’y est pas question des défunts. Elle a été placée ici du fait que les funérailles sont une occasion pour tous de considérer sa propre vie en fonction du mystère du jugement :
« Car nous tous, il nous faut comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qu'il a mérité étant dans son corps, selon ses œuvres, soit bien, soit mal. » (2 Co 5,10)
L’évangile est tiré de l’épisode de la résurrection de Lazare. L’acte de foi de Marthe, qui n’attendait pas cette résurrection immédiate, doit être un exemple pour nous :
« Jésus lui dit : "Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Le crois-tu ?" "Oui, Seigneur", lui dit-elle, "je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir en ce monde." » (Jn 11,25-27)
L’antienne d’offertoire donne tout son sens au sacrifice eucharistique célébré en faveur des défunts. L’ordre angélique en la personne de saint Michel doit introduire au Ciel l’âme du défunt. On notera que le très beau verset Hostias et preces est l’un des rares à avoir été conservé dans le missel de saint Pie V. Il y en existe au moins trois autres à la suite de cet offertoire [6].
La ‘préface des défunts’ est très récente, puisqu’elle a été introduite par Benoît XV. Elle culmine dans cette affirmation :
« Pour vos fidèles, Seigneur, la vie n'est pas enlevée, elle est transformée. » [7]

Après la messe a lieu le rite de l’absoute (du latin absolvere, absoudre). Dans le répons Libera me l’Église se fait l’interprète du défunt pour demander la délivrance de la mort éternelle, et chacun peut faire pour lui-même cette prière. Cette insistance peut surprendre. Ce n’est pas qu’on puisse douter de l’amour miséricordieux qui « veut sauver tous les hommes » (1 Tm 2,4), mais cette miséricorde divine dépasse notre entendement. Elle est identique à sa justice. Tôt ou tard nous devrons rendre compte à Dieu de notre vie et cet instant doit nous être présent constamment à l’esprit. Sans la crainte de Dieu, il ne peut y avoir de véritable amour de Dieu. Sans la crainte du jugement, l’amour de Dieu verse dans le sentiment religieux ; ce n’est plus la charité. Le mystère de l’amour miséricordieux du Sauveur ne signifie rien sans la perspective du jugement. L’amour et la justice de Dieu nous dépassent et en oubliant la justice de Dieu, on en fausse la miséricorde.
Pendant l’absoute, le corps du défunt est aspergé d’eau bénite et encensé. L’aspersion est un rite de purification. L’encensement rend honneur au corps qui fut instrument de l’âme et habité par le Saint-Esprit. L’âme et le corps étaient unis au point de constituer une seule chose. La séparation de la mort est contre-nature. Bien loin donc de mépriser le corps, il convient de la traiter avec honneur. Le corps a été, en quelque sorte, le ‘sacrement de l’âme’, signe sacré uni à l’âme, elle-même sanctuaire du Saint-Esprit. ‘Sacrement de l’âme’, il le reste après la mort, même s’il en est séparé et va vers sa corruption.
Enfin le défunt est conduit au cimetière au chant de l’In paradisum et du Benedictus. L’In paradisum chante toute l’espérance de l’Église. Le défunt sera accueilli par les anges et les saints dans la Cité céleste. Le Benedictus est le chant du voyage en même temps que l’annonce du salut, chanté quotidiennement au lever du soleil.

Le Christ fait sortir Adam et Ève du Shéol.

Le défunt, enfin est inhumé, pas n’importe où, mais dans une terre chrétienne, une terre bénie où seuls les chrétiens peuvent être enterrés. De par la promiscuité imposée aujourd’hui avec d’autres tombes, il est la plupart du temps nécessaire de procéder à la bénédiction de cette terre.
La Liturgie des défunts exprime la communauté de prière et de charité qui rassemble les vivants et les morts. Cette liturgie n’est pas une simple réunion d’amitié et de souvenir. Elle a une efficacité réelle pour libérer les défunts des entraves du péché qui s’oppose à leur entrée dans la vie éternelle. Tout en rendant honneur à leur dépouille mortelle, elle réconforte les vivants, non par des considérations sentimentales et de vaines paroles, mais par la perspective de la résurrection. Elle les réveille de leur insouciance et les avertit d’envisager à leur tour leur destinée éternelle et surnaturelle.


Les motifs de l’inhumation

L’Église tient particulièrement à l’inhumation en terre. Cette pratique est traditionnelle et constante, pour les raisons suivantes.
L’homme n’est pas un simple agrégat de matière. L’âme et le corps ne sont pas deux entités séparées, voire interchangeables. Le respect dû au corps qui fut l’instrument de l’âme témoigne de la dignité de la vie humaine. Détruire le corps d’un homme comme celui des plantes et des animaux, c’est considérer que sa vie n’en est pas fondamentalement différente.
L’inhumation conduit à une destruction lente, naturelle, qui implique la soumission à la nature et au créateur, ainsi que l’honneur rendu au défunt. Dans la crémation cet honneur est réduit au minimum… La destruction du corps est rapide et violente. Ne pouvant, quoiqu’il fasse, maîtriser la vie, l’homme décide lui-même du sort de son corps et se pose en maître de la mort, comme dans l’euthanasie et le suicide. Mais que maîtrise-t-il réellement ?
Bien loin de conduire à la tristesse et au désespoir la considération de la mort est l’occasion d’une réflexion profonde sur l’existence et fait pénétrer dans le cœur la vérité, d’abord naturelle, de l’immortalité de l’âme.
Le culte des morts, qui a toujours existé d’une manière ou d’une autre dans tous les peuples, provient de la vertu naturelle de piété, c'est-à-dire de la vénération que l’on a envers les ancêtres qui nous ont transmis la vie, l’éducation et la civilisation. Loin de s’y opposer, l’Église a su en écarter toute pratique superstitieuse et tout risque de spiritisme, pour en élever jusqu’à Dieu les rites et les symboles.
S’ajoutent donc des raisons proprement chrétiennes. L’inhumation symbolise l’attente de la Résurrection. Elle rappelle que celui dont le corps repose dans la tombe n’est pas mort pour toujours, mais doit surgir, comme une plante dont la graine a été semée en terre. La semence mortelle est confiée à la terre pour germer en immortalité. Le cimetière (du grec κοιμᾶν, faire dormir, faire reposer), qui traditionnellement entoure le chevet de l’église, est un rappel constant de la vie éternelle et de la résurrection des morts. La pratique de l'inhumation constitue dès lors un acte d'espérance dans l'immortalité et la vie éternelle.
Au contraire, l’introduction de la crémation n’est pas neutre, mais correspond à un changement profond de la société, à une mentalité de rejet de la civilisation chrétienne antérieure et de mise en place d’un ordre nouveau, en rupture avec les siècles passés, un monde tout orienté vers la production et la consommation des biens matériels, et qui rejette les valeurs spirituelles héritées des anciens. La propagation de cet usage est un acte politique de l’idéologie matérialiste. Comment s’étonner que notre société devienne de plus en plus inhumaine et désespérante, si elle est conduite par de tels principes ?
On voit ainsi que, par-delà l’intention des personnes que nous n’avons pas à juger, la crémation est une négation pratique des dogmes de l’Église, une profession de matérialisme, et une offense, voire même une offensive, contre la foi et l’espérance de l’Église.
Selon la discipline traditionnelle de l’Église, l’administration des sacrements aux fidèles qui auraient demandé à être incinérés est interdite, de même que la sépulture ecclésiastique : l’enterrement religieux et la messe de funérailles sont prohibés ( ce qui n’interdit pas de prier pour le défunt et de faire dire des messes pour lui, au contraire !). Cette législation n’est que l’application de la pratique constante de l’Église depuis les origines.



[1] De Legibus II, 9

[2] De Corona, c.3, PL 2,78

[3] Epistula 1,2, PL 4,197

[4] DACL, IV, 1, art. ‘défunts’, col. 442

[5] Rupert de Deutz, In Evangelium, PL 167,1568

[6] On peut en écouter une interprétation ici : Offertoire domine Jesu Christe, avec d’autres chants de la liturgie des défunts.

[7] Le texte entier de la préface se trouve ici, avec l’ensemble des textes de la messe des défunts.