Accéder au contenu principal

Hadewijch d’Anvers 3)

La postérité d'Hadewijch


Hadewijch a exercé une très grande influence dans le siècle qui suivit sa mort. En témoignent les nombreux manuscrits de ses œuvres chez les chartreux et les chanoines réguliers.

Hadewijch II

Dans sa postérité il faut compter tout d’abord une hypothétique Hadewijch II, dont les poèmes ont été joints à ceux d’Hadewijch dans les manuscrits, mais qui sont manifestement d’une autre main tout en se situant dans la même ligne de pensée. Hadewijch II s’exprime de manière plus intellectuelle et insiste sur la nudité de l’esprit et l’union à Dieu sans mode ni intermédiaire.

Maître Eckhart et ses disciples

Maître Eckhart et ses disciples, en particulier Tauler et Suso, mais aussi la mystique rhénane en général, sont en quelque manière tributaires de la pensée d’Hadewijch.
Eckhart (v.1260-1328), entré au couvent dominicain d’Erfurt, étudiant à Cologne puis à Paris, fut provincial de Saxonie, nommé en 1314 vicaire général de son Ordre tout en enseignant à Cologne. Ses prédications suscitèrent beaucoup d’intérêt chez les moniales, mais ses écrits furent condamnés par l’archevêque de Cologne, puis par la curie d’Avignon du temps du pape Jean XXII, à cause de certaines expressions d’allure panthéiste. Toutefois il mourut sans avoir pu présenter de défense. L’étude fut superficielle et un des juges reconnut que les propositions n’étaient pas incriminables au sens où il les entendait. De fait, si on lit Maître Eckhart en omettant le contexte essentiellement chrétien et mystique, on croirait avoir à faire à un rationaliste de genre néo-platonicien, mais c’est là un contre sens. - Une mésaventure semblable est arrivée aux écrits d’Évagre le Pontique...
Eckhart hérite manifestement de l’expérience mystique et des écrits d’Hadewijch et de son émule Hadewijch II. Il donne à leur témoignage un développement appuyé sur une théologie de fond thomiste et des apports néo-platoniciens. Comme Hadewijch il use d’expressions qui semblent distinguer l’essence divine et les Personnes. C’est qu’il tente de donner à l’expérience mystique une élucidation spéculative. Il appelle par exemple bullitio la procession des personnes et ebullitio celle des créatures. Il identifie le ‘fond’ de l’âme et le ‘fond’ de Dieu, du fait que ce ‘fond’ de l’âme est son exemplaire en Dieu. Il a une expression très réaliste de la filiation divine du chrétien. Pour lui, la vacuité de l’intelligence contemplative est absolue, tout comme chaque Personne divine est totalement en l’autre. Le renoncement absolu (Abgescheidenheit) dispose à l’abandon (Gelazenheit) qui en est lui-même le principe.
Tauler vulgarisera la doctrine de Maître Eckahrt en tempérant néanmoins les expressions exagérées. Il exposera en particulier la naissance mariale du Christ en nous.

Ruysbroeck

Jan van Ruysbroeck (1293-1381) est plus proprement héritier de la pensée de Hadewijch. Chanoine de Sainte-Gudule près de Bruxelles, il s’applique à prémunir ses ouailles contre le Libre Esprit, et rédige quelques traités sur la vie spirituelle, en particulier son chef d’œuvre, L’ornement des noces spirituelles. Il se retire en 1343 à Groenendel. Son disciple, cuisinier de la communauté, Jean de Leuwen (+1378), contribue aussi au rayonnement de sa doctrine et de celle de hadewijch.
Ruysbroeck distingue avec soin la contemplation authentique du panthéisme et du quiétisme. Il expose en particulier la divinisation du chrétien, les trois voies de la vie spirituelle, la convenance de la vie commune. On reconnaît la ligne d’Hadewijch dans le flux et le reflux de la vie trinitaire, les épreuves de l’amour. Il introduit les notions de nuit des sens et de l’esprit.
Nous devenons capables de contempler Dieu avec Dieu sans intermédiaire, en la divine lumière (dont nous recevons la splendeur qui émane du Fils), de telle sorte que le contemplatif est transformé et devient un avec cette lumière par laquelle il voit et qu’il voit, et il est en fait un seul esprit avec l’Esprit de Dieu. (L’Ornement, III, 4)

Le Carmel

L’Europe du XVIe siècle connaît un renouveau spirituel qui n’est pas sans ressemblance avec celui des XIIIe et XIVe siècles dans les pays rhénans. L’héritage spirituel des maîtres de l’école rhénane passe dans les vulgarisations que sont les ouvrages des franciscains Francisco de Osuna et Bernardino de Laredo : telles seront les lectures de sainte Thérèse d’Avila. De par l’unité politique des Flandres et de l’Espagne, il n’est pas étonnant qu’on trouve des éléments rencontrés chez Hadewijch d’Anvers jusque dans les écrits de saint Jean de la Croix et les auteurs du Carmel. On voit par là toute l’influence qu’elle a pu avoir dans l’Église.

Lire l'étude sur l'exemplarisme chez Hadewijch...