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La 'neuvaine' de Noël

Les vêpres des sept [1] jours précédant la vigile de Noël sont solennisées par les antiennes à Magnificat qui commencent par l’exclamation admirative 'O'.
Si l'on compte le jour de Noël, on obtient le nombre consacré de neuf : c'est en quelque sorte une 'neuvaine liturgique' pour préparer et solenniser la Nativité...
Ces antiennes sont acrostiches sur la deuxième lettre. En lecture inversée cela donne : Ero cras : je serai [là demain]. 
 
O Sapientia… génération du Christ dans l’éternité. 
O Adonai…  
O Radix Iesse… 
 
O Clavis David… venue du Christ dans l’Ancien Testament. 
O Oriens…venue du Christ pour la nature, toute la Création.
O Rex gentium…venue du Christ pour les païens.
O Emmanuel…venue du Christ pour nous.

Voir le texte des Grandes Antiennes "O" ...


L'arbre de Jessé
dans un manuscrit du 12e siècle
« L'instant choisi pour faire entendre ce sublime appel à la charité du Fils de Dieu, est l'heure des Vêpres, parce que c'est sur le Soir du monde, vergente mundi vespere [2], que le Messie est venu. On les chante à Magnificat, pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous viendra par Marie... [3]
Ces admirables Antiennes, qui contiennent toute la moelle de la Liturgie de l'Avent, sont ornées d'un chant plein de gravité et de mélodie...
Entrons dans l'esprit de l’Église et recueillons-nous, afin de nous unir, dans toute la plénitude de notre cœur, à la sainte Église, lorsqu'elle fait entendre à son Époux ces dernières et tendres invitations, auxquelles il se rend enfin. » 
(Dom Guéranger, L'Année Liturgique)

Lire notre article sur l'esprit de l'Avent...

[1] D’après Honorius d’Autun, ces sept antiennes se rapportent aux sept dons du Saint-Esprit énumérés en Is 11, 2. On peut le voir de la manière suivante : dans la première, Jésus est appelé Sagesse, parce qu’il est venu dans l’Esprit de sagesse ; dans la seconde, Adonaï, nom que Dieu indiqua à Moïse sur le Sinaï, parce que Jésus-Christ est venu nous racheter par l’Esprit d’intelligence. Radix Jesse in signum populorum, rappelle le signe de la Croix, parce qu’il est venu nous délivrer dans l’Esprit de conseil. Clavis David, parce qu’il ouvre le Ciel aux justes et ferme l’enfer, dans l’Esprit de force. Dans la cinquième antienne, l’Orient signifie l’Esprit de science dont il nous éclaire. Roi des Nations et Pierre angulaire, parce qu’il sauve tous les hommes par l’Esprit de piété. Enfin, Emmanuel, parce qu’il vient dans l’Esprit de crainte, mais en donnant aussi la loi de la charité. Le septénaire peut signifier encore les sept misères du genre humain : l’ignorance ; les peines éternelles et la mort ; l’esclavage du démon ; le péché ; les ténèbres ; l’exil de la patrie céleste. Et voilà pourquoi nous avons besoin d’un Docteur de sagesse, Sapientia ; d’un Rédempteur, Adonaï ; d’un Libérateur, Radix Jesse ; d’un Sauveur, Clavis David ; d’une Lumière, Oriens ; d’un Chef qui guide vers la patrie promise, soit pour les Gentils, Rex Gentium, soit pour les Israélites, Emmanuel.  
 
[2] "... quand le monde s'en allait vers sa nuit..." - Il s'agit d'une citation de l'hymne des vêpres de l'Avent Conditor alme siderum dont on trouvera le texte ici...

[3] Dom Guéranger interprète l’usage le plus commun dans l’Église, d’ailleurs prescrit depuis longtemps par les rubriques liturgiques. Mais si l’on en croit Dom A. Nocent, 

« en certaines églises, on chantait les grandes antiennes au cantique final des Laudes, le Benedictus, On les répétait même après chaque verset à partir de In sanctitate et justitia jusqu’au Gloria. [...] Le rapprochement avec le grand personnage de l’Avent, Jean-Baptiste, a peut-être attiré le chant de ces antiennes en ce moment, d’autant plus que deux d’entre elles O Clavis et O Oriens reprennent les termes des derniers versets du cantique Benedictus. »