« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

DE REGNO


La mise en ligne du DE REGNO 
de saint Thomas d'Aquin 
est achevée.



Voici les deux dernières pages du texte de SAINT THOMAS : 
- Le but du gouvernement royal : "vivre bien" !

- Où fonder une Cité ?


Voici les trois derniers articles parus sur CHRISTI REGNUM, commentant certains passages du DE REGNO :
- L'immigration
- Commerce et finance
- Dimensions de la Cité

Pour consulter le PLAN GÉNÉRAL du De Regno de saint Thomas d'Aquin : cliquer sur l'image.



Première partie : Nature de la royauté
Deuxième partie : Le gouvernement royal

Voir notre introduction au De Regno de saint Thomas d'Aquin...

Lire l'article préliminaire : La science politique : une science pratique...

SAINT BENOÎT

Père spirituel
des moines d’Occident
(480/90 - 550/60)

Saint Benoît débuta dans la vie monastique à la manière de saint Antoine. Il n’entendait pas fonder un monastère, encore moins un ordre religieux. Comme le raconte Saint Grégoire le Grand, il se retira dans la solitude de Subiaco simplement pour vaquer à Dieu, dans une grotte presque inaccessible, connue de Dieu et du seul moine qui devait se charger de sa subsistance :

Benoît gagna la retraite d'un lieu désert nommé Subiaco, distant de Rome d'environ quarante milles. […] Tandis qu'il s’y rendait en sa fuite, un certain moine, du nom de Romain, le rencontra dans sa marche et lui demanda où il allait. Ayant appris son désir [de vie religieuse], non seulement il lui garda le secret, mais il lui apporta de l'aide ; il lui donna l'habit de la vie monastique et, dans la mesure du possible, se mit à son service. Parvenu donc à ce lieu, l'homme de Dieu se retira dans une grotte très étroite, et, durant trois ans, demeura inconnu des hommes, le moine Romain excepté. [1]

Ce n'est qu’après un certain temps que des disciples s'attachèrent à lui :

Beaucoup se mirent désormais à quitter le monde et à venir avec empressement se mettre sous son magistère. Libre en effet de la tare de la tentation, il devint désormais à bon droit un maître de vertus. Quand le saint homme eut longtemps progressé en vertus et en miracles en cette solitude, beaucoup y furent rassemblés par lui pour le service du Dieu tout-puissant, au point que, en ce lieu-même, avec le secours du Seigneur tout-puissant Jésus-Christ, il construisit douze ermitages, en lesquels, après y avoir établi des abbés, il députa douze moines. Il ne retint auprès de lui qu'un petit nombre de frères dont il estima qu'ils seraient mieux formés s'ils restaient quelque temps encore en sa présence. C'est alors aussi que commencèrent à accourir auprès de lui des nobles et des personnes pieuses de Rome, pour lui confier leurs fils afin qu'il les éduquât pour le [service du] Dieu tout-puissant. [2]


Saint Benoît n'était donc pas un chef d'ordre religieux, mais avant tout un père spirituel : il conduisait des âmes vers Dieu et les engendrait à la sainteté, selon le charisme qu’il recevait du Père céleste par le Christ :

« Écoute, mon fils, les instructions du maître et prête l'oreille de ton cœur ; accepte les conseils d'un vrai père et suis-les effectivement. » [3]

ASCENSION

Plan de cet exposé :
Un fait réel et historique
La gloire du Christ ressuscité
Prêtre pour l’Éternité
Présent dans l’Église
Le Christ entre au ciel avec l’Église
L'attente du retour du Christ
La Liturgie de l’Ascension


Un fait réel et historique

L’Ascension du Christ est un des mystères de la Foi. Nous le proclamons dans le Credo :
Et ascendit in caelum ; sedet ad dexteram Patris.
Annoncé à mots couverts par le Christ (Jn 6,63 et 20,17), l’événement est rapporté par les évangiles de saint Marc (16,14-20) et de saint Luc (24, 50-51). Les Actes des Apôtres en donnent un récit plus détaillé et précisent qu’il eut lieu quarante jours après Pâques.

L’ambiance actuelle du monde provoque au doute, comme pour tous les autres faits surnaturels de la vie du Christ. Le récit de l’Ascension est assimilé aux légendes mythologiques de l’antiquité. L’état actuel de la science peut sembler incompatible avec cette idée d’un ‘ciel’ où le Christ vivrait en son corps entouré de la cour céleste des saints et des anges. Jusqu’au Moyen-Âge on concevait le ciel physique comme une voûte ou une sphère solide sur laquelle étaient fixés des points lumineux, les étoiles ou corps célestes réputés incorruptibles. C’est au-dessus de cette voûte que l’on plaçait le ciel des bienheureux avec le Christ. L’astrophysique présente aujourd’hui un tout autre visage du ciel astral. Ceci met-il en question la vérité de l’Évangile ?

Une simple réflexion de bon sens suffit à résoudre la question. Le ciel physique est constitué d’astres innombrables, composés de corps semblables à ceux de la terre, soumis à des changements continuels, et situés à des distances mesurées en années-lumière, sans grande précision du reste. Cela ne change rien quant au ciel surnaturel, lieu du séjour du Christ et des bienheureux. Ce ciel est bien un lieu physique, matériel et corporel, mais il est surnaturel, c'est-à-dire au-delà de toutes les réalités qui sont objet de l’astrophysique et au-delà de tous ses moyens d’investigation. Ce n’est pas une question de distance mais une question de nature.


La gloire du Christ ressuscité

Mais pour saisir ce mystère il ne suffit pas d’en rester à un simple argument apologétique. Éclairée par la foi, l’intelligence du chrétien cherche à pénétrer toujours davantage l’essence mystérieuse de cette Ascension qui est bien autre chose que la simple élévation physique d’un corps, aussi sacré soit-il. La Foi n’est pas un aveuglement et une démission de l’esprit, mais au contraire, le point de départ d’une intelligence plus profonde de la Révélation : Crede ut intelligas, croire pour comprendre ! Pour cela il importe de comprendre le lien nécessaire entre la Résurrection et l’Ascension.

La vie corporelle du Christ ressuscité n’est pas une vie naturelle, mais surnaturelle et glorieuse. Sa résurrection fut tout autre chose que la réanimation d’un corps, tout autre chose que la résurrection du fils de la veuve de Naïm ou de Lazare, qui sont morts de nouveau des années après le miracle.
« Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus,
la mort n’a plus sur lui d’empire. » (Rm 6,9).
Le corps du Christ ressuscité n’est plus soumis aux conditions physiques de ce monde. Tout en étant véritablement matériel - « Touchez-moi et constatez, car un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » (Lc 24,39) - il échappe au conditionnement des éléments de la nature et aux limites de l’espace et du temps. Tout en étant sur terre le Christ est en un état de gloire, spirituellement et corporellement, même s’il voile en partie cette gloire lorsqu’il apparaît à ses apôtres.

Or, cet état glorieux du Christ est étranger à la nature du monde où nous vivons. Sa vie est celle de l’éternité, dans la perfection et l’immobilité. Ce qui est déjà parvenu à sa perfection ne peut plus progresser ni changer. La gloire de l’éternité implique l’immobilité dans la perfection. Le corps glorieux se trouve dans l’immutabilité éternelle tandis que les êtres de ce monde sont soumis à la génération et à la corruption, à la naissance et à la mort, au changement, au progrès ou à la déchéance. L’insertion physique et corporelle du Christ dans les activités et les changements de ce monde est donc en opposition avec son état de gloire. Il est resté sur terre pendant quarante jours pour établir la foi de ses Apôtres en sa résurrection et achever leur formation, mais cette situation était temporaire. Ces quarante jours étaient un temps de transition vers la gloire du Ciel.

En tant que Dieu le Christ n’a jamais quitté le ciel, mais selon son humanité susceptible de souffrir, il vivait en ce monde terrestre ; c’est pourquoi le Credo proclame qu’il « est descendu du ciel ». Par sa passion et sa mort il a mérité de rejoindre la gloire du Père dans l’intégralité de sa nature humaine, selon son âme et son corps :
« Vous verrez le Fils de l'Homme monter où il était auparavant. » (Jn 6,63)
Il est passé par la mort de la Croix pour entrer au Ciel dans la gloire. Le but de l’Incarnation n’est pas la mort, mais le Ciel. Le Christ s’est offert en victime en son corps et en son âme, et a ainsi mérité la gloire de la Résurrection et le retour vers la gloire qu’il avait dès le commencement :
« Il s'est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,8-9)


Prêtre pour l’Éternité

L’Ascension est aussi une exigence du mystère de la Rédemption et du sacerdoce éternel du Christ, comme l’énonce l’épître aux Hébreux : « Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » (Ps 109 - Hb 5,6). Le Christ continue donc d’exercer son sacerdoce après sa mort et sa résurrection. Son sacrifice n’est pas achevé à sa mort mais il continue, même après qu’il l’ait offert sur la Croix. Accompli sur terre de manière physique et sanglante, ce sacrifice continue au Ciel, de manière glorieuse. Sur terre il a tout accompli, mais c’est au ciel qu’il achève son œuvre et c’est au ciel qu’il doit continuer son offrande.

C’est ce qu’enseigne cette même épître :
« Mais le Christ ayant paru comme grand prêtre des biens à venir, c'est en passant par un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui n'est pas construit de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'appartient pas à cette création-ci ; et ce n'est pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le saint des saints, après avoir acquis une rédemption éternelle. […] Car ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable, que le Christ est entré: mais il est entré dans le ciel même, afin de se tenir désormais pour nous présent devant la face de Dieu. » (Hb 9,11-12 ; 24)
Dans l’Ancien Testament le Grand-Prêtre entrait une fois par an dans le sanctuaire du tabernacle, le “saint des saints”, muni du sang des animaux qu’il avait immolés. Ce rite était une figure du mystère du sacrifice du Christ, le sang des animaux, figure du sang du Christ, le “saint des saints”, figure du Ciel. Ayant répandu son propre sang le Christ entre dans le tabernacle du Ciel, dont le tabernacle de l’Ancien Testament n’était qu’une figure. Le Ciel est le sanctuaire où le souverain prêtre officie désormais pour l’éternité en continuant d’offrir de manière glorieuse le sacrifice qu’il a offert de manière physique et sanglante sur terre.

Au sacrifice sanglant sur la Croix succède alors au Ciel le sacrifice de gloire. C’est pourquoi :
« L'œuvre du Calvaire, osons le dire, n'est pour l'Apôtre [saint Paul] qu'un moment de l'œuvre totale, un moyen, une préparation divine : elle n'est pas le terme définitif du sacrifice. Elle fait corps avec la Résurrection, qui en est la revanche, avec l'Ascension, où, moyennant la rançon du sang versé, la voie du sanctuaire étant frayée enfin, le Seigneur [en] prend possession en son nom et au nôtre ; […] L'immolation du Calvaire ne saurait être, chez le pontife nouveau, isolée de son fruit ; et ce fruit suprême, ce terme dernier de l'intention divine, en vue duquel le Christ est pontife, et qui contient tout à la fois et la gloire souveraine du Verbe incarné, et l'éternelle félicité de tout ce qui, au cours du temps, s'est attaché à lui, c'est l'offrande au Père, en chacun des sanctuaires d'ici-bas, et finalement en son sanctuaire incréé (1 Co 15, 28), de son Fils et de tout ce qui est à lui. » Dom Delatte : Les Épîtres de saint Paul, t. II, p. 370-371.



Présent dans l’Église

Le départ du Christ pour le ciel est également nécessaire pour qu’il puisse accomplir son œuvre de Salut sur terre par l’Église. En effet, le souverain prêtre continue d’exercer sur terre son sacerdoce par le moyen de l’Église. Tout en étant physiquement absent, le Christ continue d’être présent et d’agir sur terre par son Église. C’est l’Église qui accomplit son œuvre sur terre, qui la diffuse et l’applique partout dans le monde. Limitée à un lieu unique, la présence physique du Christ n’aurait pu suffire à étendre au monde l’œuvre du Salut. Il a voulu que son œuvre s’appliquât, se diffusât et se perpétuât dans le monde entier et ce, de manière humaine, et donc sociale et sensible, par une société visible et organique, faisant usage des éléments matériels de ce monde. À la présence physique du Christ succède sa présence mystique par l’Église. Les Apôtres et leurs successeurs enseignent toutes les nations dans la terre entière. La vie de la communauté chrétienne réalise et étend à l’humanité la communion d’amour que le Christ est venu établir. La Liturgie célèbre et communique ce mystère du Salut au moyen des éléments sensibles et symboliques.
Cette œuvre sacerdotale du Christ par l’Église se réalise de manière éminente dans la Liturgie eucharistique [1]. Le pain et le vin y sont convertis au Corps et au Sang du Christ glorieux qui est au ciel. La Liturgie de la terre est élevée au Ciel pour être unie à la Liturgie du ciel.
C’est ce qu’exprime la prière Supplices te rogamus :
« Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites porter ces offrandes par les mains de votre saint ange, là-haut, sur votre autel, en présence de votre divine Majesté. »
La même Liturgie est célébrée par le même Christ, selon deux modes différents : au Ciel dans la Jérusalem céleste de manière glorieuse, et sur terre dans l’Église militante de manière sacramentelle, par les prêtres de l’Église configurés au sacerdoce du Christ. Notre Liturgie de la terre est plus qu’une image, elle est la présence et la réalisation terrestre de la Liturgie du ciel. Nous chantons le Sanctus en union réelle avec les chœurs angéliques, avec les Chérubins et les Séraphins.


Le Christ entre au ciel avec l’Église

En montant au Ciel le Christ, premier homme à y pénétrer, entraîne à sa suite tous les membres de son Corps mystique.
« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père; s'il en était autrement, je vous l'aurais dit, car je vais vous y préparer une place. Et lorsque je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez, vous aussi ; et là où je vais, vous en savez le chemin. » (Jn 14, 2-4)
Le ciel était fermé aux hommes ; il est désormais ouvert par Jésus-Christ. Les hommes justifiés par le Christ le rejoindront au ciel : « Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi. » (Jn 17, 24)
Captivam duxit captivitatem! « Il conduit derrière lui les captifs... » (Ps 67,19). Les ennemis captifs marchaient derrière le char triomphal de l’imperator romain. Le Christ entraîne à sa suite, non pas des ennemis, mais les élus qui ont été délivrés de la captivité du démon. Saint Augustin commente : « La multitude des saints et des fidèles qui portent Dieu deviennent en quelque sorte le char de Dieu. » [2]
C’est pourquoi l’Église n’existe pas seulement sur terre, elle existe déjà au Ciel. Toute la vie de l’Église et de chaque chrétien en particulier est en lien étroit avec la vie de l’Église au Ciel. Nous sommes « concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu. » (Ep 2, 19) « Notre cité est dans les cieux » (Ph 3, 20). Le sort de l’homme est désormais changé : « Il nous a ressuscités, ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les cieux en Jésus-Christ. » (Ep 2, 6)

« Exultons d’une sainte allégresse, mes bien chers frères, et réjouissons-nous dans une pieuse action de grâces : l’Ascension du Christ est aussi notre propre élévation, et là où la tête a précédé en gloire, le corps est appelé en espérance. En ce jour non seulement la possession du Paradis nous est assurée, mais encore, dans le Christ, nous avons pénétré au plus haut des cieux : l’ineffable grâce du Christ nous a procuré bien plus que ce que nous avions perdu par la jalousie du démon. Ceux qui avaient été expulsés du bonheur de leur première demeure par le venimeux ennemi, le Fils de Dieu se les a incorporés et a placés à la droite du Père, avec qui il vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu dans les siècles des siècles. Amen. » (Saint Augustin, Sermon 73,4)

La Liturgie anticipe sur cette vie en nous faisant communier au pain des Anges, c'est-à-dire au Corps et au Sang de celui qui nourrit au Ciel les bienheureux dans la vision. Elle est le signe que les chrétiens attendent cette vie éternelle et que, comme nous le demandons dans la collecte, nous habitons au Ciel par l’espérance et par le cœur.


L'attente du retour du Christ

La fête de l’Ascension étant une fête de l’espérance du Ciel elle est aussi l’expression de notre désir du Christ, car le désir du ciel n’est autre que le désir du Christ. L’hymne des vêpres appelle le Christ « notre Rédemption, notre amour et notre désir, … notre joie, … notre récompense ». Dans l’attente d’être réuni au Ciel avec Jésus-Christ le chrétien désire lui être uni toujours davantage dans l’amour.
C’est ce désir et cette recherche continuelle du Christ qui entraînent le renoncement au monde. Celui qui met en œuvre la puissance de l’Ascension dans son esprit et dans son cœur se sépare du monde et adopte un mode de vie de renoncement, exclusivement tendu vers le Ciel.
Il vit en permanence la fête de l'Ascension, se contentant des choses d'en-haut. Il ne craint rien sur la terre, ni « tribulation, ni angoisse, ni persécution, ni faim, ni nudité, ni péril, ni glaive » (Rm 8, 35). Il ne désire rien sur terre, ni louanges, ni honneur, ni pouvoir, ni amitié, ni richesse. Il se nourrit des biens d'en-haut, de la vérité et de la charité, qui font oublier tous les biens de ce monde et jusqu’à soi-même.
Le chrétien reste présent aux réalités et aux épreuves de ce monde. Son devoir d’état s’impose toujours à lui comme une pratique nécessaire pour rejoindre sa patrie. Le but de sa vie sur terre est de préparer l’éternité et les plus belles actions n’ont de valeur que selon le poids qu’elles auront dans l’éternité.

La vie du chrétien est une attente du retour du Christ. « Ce Jésus qui a été enlevé d'auprès de vous dans le ciel, ainsi viendra-t-il, de la même manière que vous l'avez vu s'en aller au ciel. » (Ac 1, 11) La vie de l’Église est une attente de l’avènement du Christ. « Soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces. » (Lc 12, 36)
La vie de l’Église sur terre est une attente de l’avènement du Christ :
« Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui, d'auprès de vous, a été enlevé au ciel, ainsi viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller au ciel. »
Et iterum venturus est cum gloria.
L’Église attend le retour du Christ, qui coïncidera avec son propre accomplissement dans la gloire. « Et l'Esprit et l'Épouse disent : „Venez !“ Que celui qui entend dise aussi „Venez !“ […] „Amen ! Venez, Seigneur Jésus !“ » (Ap 22, 17 et 20)


La Liturgie de l’Ascension

Bien que saint Augustin attribue aux Apôtres eux-mêmes l’institution de cette fête, il semble bien que primitivement les cinquante jours du Temps Pascal aient constitué une seule solennité sans distinction. La pèlerine Égérie, au chapitre 43 de son récit, rapporte qu’à Jérusalem une procession sur les lieux de l’Ascension avait lieu le jour de la Pentecôte. Toutefois a célébration distincte de l’Ascension est bien attestée dès le IVe siècle.

Les textes de la Liturgie du jour sont simplement des extraits des récits du Nouveau Testament et des Psaumes qui annoncent cet événement, le Ps 46 et le Ps 67 tout particulièrement.
Le Ps 46 développe l’acclamation ‘Le Seigneur est roi !’. Le roi d’Israël monte au temple au milieu des acclamations en cortège triomphal. Son empire s’étend à tous les peuples qui viennent avec leurs princes se joindre au peuple élu. « Dieu s’élève parmi les acclamations, le Seigneur au son de la trompe. »
Le Ps 67 célèbre les étapes de l’histoire d’Israël dans un tableau rétrospectif qui en évoque les grandes étapes. La Liturgie en a extrait les versets 18-19 et 33-34 : « Du Sinaï le Seigneur vient dans son sanctuaire. Il est monté sur les hauteurs, capturant les captifs. » « Chantez pour le Seigneur qui s’avance sur les cieux des cieux vers l’Orient ! » Saint Paul commente ainsi le verset 19 : « Que signifie : " Il est monté " sinon qu'il était descendu d'abord dans les régions inférieures de la terre? Celui qui est descendu est celui-là même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir. » (Ep 4,9-10) Le Christ emmène au Ciel comme un triomphateur les hommes qui étaient prisonniers du démon, ainsi que le chante l’hymne Jesu, nostra redemptio :
Inferni claustra penetrans
Tuos captivos redimens
Victor triumpho nobili
Ad dextram Patris residens.

Pénétrant les prisons de l’enfer
vous rachetez vos captifs.
Vainqueur d’un noble triomphe
vous siégez à la droite du Père.


[1] Voir notre étude sur la Liturgie.

[2] Multitudo sanctorum atque fidelium, qui portando Deum fiunt quoddamodo currus Dei. (Saint Augustin, Enarratio super psalmum 67).


FESTA PASCHALIA !

On appelle ‘Temps Pascal’ la portion de l’Année Liturgique qui court de la fête de Pâques à celle de la Pentecôte inclusivement. Cela fait exactement cinquante jours, comme l’indique le mot grec Pentecostes. Cette cinquantaine pascale est prolongée par l’octave de la Pentecôte, instituée plus tardivement, et qui développe la solennité de cette dernière fête de manière semblable à l’octave de Pâques, sans qu’elle soit pour autant incompatible avec le jeûne des Quatre Temps.


La résurrection
Notre résurrection
La vie éternelle

Cette période de l’année liturgique se caractérise par la répétition fréquente de l’Alléluia, les mélodies simples et joyeuses des hymnes Ad coenam Agni providi (Conviés au banquet de l’Agneau) et Aurora lucis rutilat (L’aurore brille de tout son éclat), mélodies que l’on reprend à tous les offices du jour. Les psaumes des Complies sont chantés le dimanche – et déjà le samedi soir – sur un ton spécial, plus léger et plus mélodieux.
On notera aussi la brièveté de plusieurs offices qui n’ont qu’une antienne pour tout un groupe de psaumes : tout respire l’allégresse et la simplicité. Les acclamations au Christ ressuscité reviennent fréquemment sur les lèvres du clerc et du moine, invocations que le chrétien fervent s’appliquera, lui aussi, à répéter tout au long de la journée : Surrexit Dominus vere ! (Le Seigneur est vraiment ressuscité !) ; Mane nobiscum Domine ! … (C’est l’invocation des disciples d’Emmaüs : Restez avec nous, Seigneur, car il se fait tard !) …

L’institution du Temps Pascal remonte aux premiers âges de l’Église. Nous en avons un beau témoignage dans les Conférences de Cassien [1].
Question : Pourquoi, pendant cinquante jours, adoucissons-nous dans nos repas les rigueurs de l'abstinence, alors que Jésus-Christ ne resta que quarante jours avec ses disciples, après sa résurrection ?
Réponse de l’abba Théonas : Votre demande est juste et mérite que je vous fasse connaître toute la vérité. Après l'ascension du Sauveur, qui eut lieu quarante jours après sa résurrection, les Apôtres descendirent de la montagne des Oliviers, où ils l'avaient vu retourner à son Père, comme il est dit dans les Actes des Apôtres. Ils rentrèrent à Jérusalem, et y attendirent, pendant dix jours, la venue de l'Esprit-Saint. Ils le reçurent quand ces dix jours furent passés, et célébrèrent par conséquent avec joie le cinquantième jour qui complète le temps consacré par les fêtes de l'Église. Nous voyons, dans l'Ancien Testament, ce temps pascal indiqué par des figures. Ainsi fallait-il, sept semaines après Pâques, faire offrir au Seigneur le pain des prémices, par les mains des prêtres. (Dt 16) Les Apôtres, en prêchant ce jour-là au peuple de Jérusalem, offrirent bien à Dieu le vrai pain des prémices, qui nourrit de la doctrine nouvelle et rassasia généreusement cinq mille hommes choisis parmi les Juifs, et qu’ils consacrèrent au Seigneur telles les prémices du peuple chrétien. C'est pour cela qu'il faut réunir les dix jours aux quarante qui les ont précédés, et les célébrer avec la même joie et la même solennité.
Cette tradition, qui remonte au temps des Apôtres, mérite d'être fidèlement observée. Aussi, pendant ces jours, ne se met-on pas à genoux en priant, parce que cette posture est un signe de pénitence et de tristesse. Nous observons donc le temps pascal comme un seul dimanche, et nos Pères nous ont appris qu'il ne fallait, ce jour-là, ni jeûner, ni se mettre à genoux, pour honorer la résurrection du Sauveur. »
Ces cinquante jours comprennent donc les cinq semaines après Pâques, la fête de l’Ascension et celle de la Pentecôte. Pour bien comprendre et vivre intérieurement ce que l’Église célèbre extérieurement, il faut se rappeler cette vérité fondamentale de tout l’ordre liturgique : la Liturgie et les Sacrements ont une triple signification : ils commémorent un événement passé, ils signifient une réalité présente, ils annoncent un événement futur, c'est-à-dire la fin ultime de l’œuvre divine de notre Salut.

LA SEMAINE SAINTE : Le Vendredi Saint

Jusqu’au VIIe siècle le Vendredi Saint était un jour a-liturgique : aucun office n’était célébré et il n’y avait même pas de communion eucharistique. Il y avait privation complète, tant de la nourriture corporelle que de la nourriture sacramentelle : jour de jeûne absolu, on ne prenait simplement rien. Tout comme la Croix n’est pas seulement signe de la mort du Christ, mais encore de son triomphe et de sa royauté, la Messe ne commémore pas seulement la Passion, mais encore tout le mystère pascal, mystère du Salut et victoire du Christ.
Le Vendredi-Saint, l’Église voilant la gloire du Christ, ferme les solennités de son triomphe ; il n’y a donc pas de messe, non plus que le lendemain Samedi-Saint. C’est par la prière silencieuse et personnelle que chacun communie en son cœur à la Passion du Christ.


Mais communier spirituellement à la Passion et à la Mort du Sauveur rendait convenable d’y communier sacramentellement par l’Eucharistie. C’est pourquoi dès VIIe siècle on commença à donner la sainte communion en ce jour.
Par la suite, afin de solenniser cette communion, on introduisit une cérémonie que l’Église d’Orient connaissait déjà, à savoir la ‘messe des présanctifiés’. Autrefois, en effet, - et l’usage demeure en Orient et à Milan - on ne célébrait pas la messe les jours de jeûne, en particulier les mercredis et vendredis de Carême, voire même à toutes les féries de Carême. Non que la nourriture eucharistique fût incompatible avec le jeûne, mais l’abstinence de solennité convenait au temps de pénitence. En ces jours, l’Église d’Orient célèbre une Liturgie, semblable à une messe, mais dont on omet la consécration. Cette cérémonie, dont l’ordonnance pour le rit byzantin a été réglé par la Pape saint Grégoire le Grand, a reçu, en Orient comme en Occident, le nom de « messe des présanctifiés » (θεία λειτουργία τῶν προηγιασμένων), parce qu’on y communie aux Saints Dons qui ont été consacrés un jour précédent.


LA SEMAINE SAINTE : Le Jeudi Saint


Au soir du Jeudi-Saint, à la fin du repas pascal de l’Ancienne Loi, le Christ institua celui de la Nouvelle Alliance, l’Eucharistie, en le célébrant pour la première fois. Simultanément il instituait l’ordre sacerdotal de la Nouvelle Alliance en ordonnant aux Apôtres : « Faites ceci en mémoire de moi ».

Trois messes solennelles étaient anciennement célébrées en ce jour : une pour la réconciliation des pénitents, une autre pour la consécration des saintes huiles, et enfin celle que l’on chantait en commémoration de la Cène du Seigneur.

Nous allons étudier successivement :
La réconciliation des pénitents
Le Sacrifice vespéral
Le lavement des pieds
La suite de la Messe
La procession au reposoir



Lire les autres articles sur la Semaine sainte...


La réconciliation des pénitents

Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, pour certains péchés particulièrement scandaleux l’Église exigeait non seulement la réception du sacrement de pénitence et l’accomplissement d’une pénitence privée, mais imposait encore une pénitence publique. Les pécheurs publics qui voulaient être réconciliés avec le Christ et l’Église recevaient les cendres au début du Carême (c’est l’origine de notre Mercredi des cendres). Leur pénitence prenait fin le Jeudi-Saint : ils étaient réintégrés dans l’Église au cours d’une cérémonie ainsi décrite par Dom Guéranger :

Dimanche des Rameaux : Extrait du Cérémonial de Lanfranc

Au Moyen-Âge en certains lieux, la procession des rameaux incluait une adoration du Saint-Sacrement. Le texte suivant est un exemple de cérémonial. Il a pour auteur Lanfranc (+1089), abbé du Bec-Helloin (Normandie) puis archevêque de Cantorbéry, supérieur et maître de saint Anselme. L'ordonnance de cette cérémonie montre bien la signification royale et triomphale de la procession [1].

« Après Tierce on lit l’évangile Turba multa. Ensuite l’abbé ou un prêtre bénit les palmes, les fleurs et les rameaux placés devant l’autel majeur sur un tapis ; il les asperge d’eau bénite et les encense. Les sacristains distribuent les palmes à l’abbé, aux prieurs et aux plus dignes, les fleurs et les rameaux aux autres personnes. Entre-temps on chante les antiennes Pueri Hebraeorum qui sont entonnées par le chantre. »

« On part alors en procession, le chantre entonnant ce qui doit y être chanté. Lorsque la procession quitte le chœur on sonne toutes les cloches. L’ordre de la procession est le suivant : les familiers portant les bannières, un convers portant le bénitier, deux autres portant deux croix ; puis deux autres portant deux candélabres avec les cierges allumés, deux autres portant deux encensoirs allumés et garni d’encens. C’est l’abbé qui impose l’encens, s’il est au chœur, sur présentation des encensoirs et de la navette par les convers thuriféraires ; ou bien le chantre en l’absence de l’abbé. Car c’est lui qui distribue ce qui doit être porté et qui met en ordre la procession. Suivent deux sous-diacres portant deux évangéliaires. Puis les moines laïcs et les enfants avec leur maîtres. Après eux suivent les autres frères, deux par deux comme les prieurs, et l’abbé, en dernier. »

« Voici ce qui est chanté à la procession, en totalité ou autant que le permettra le parcours : Ante sex dies, Cum appropinquaret, Prima autem azymorum, Dominus Jesus, Cogitaverunt, Cum audisset populus, omnes collaudant. Lorsqu’on est parvenu en son lieu, on fait la station de la manière suivante. Tandis que le chantre entonne l’antienne Occurrunt turbae deux prêtres revêtus de l’aube sortent en portant un brancard qu’ils ont auparavant disposé, et sur lequel se trouve le corps du Christ. Les porteurs de bannières, de croix et d’autres objets mentionnés précèdent ce brancard. Les porteurs s’arrêtent et se tiennent de part et d’autre du brancard, dans l’ordre où ils sont venus. Les enfants s’approchent et se tiennent face à la procession, avec leurs maîtres et quelques chantres qui peuvent leur être en aide. Les anciens se tiennent face à face comme au chœur. Cette station est ordonnée de manière à ce qu’il y ait un petit intervalle entre les enfants et le reste du couvent. L’antienne occurrunt turbae étant achevée les enfants et ceux qui sont avec eux chantent l’antienne Hosanna filio David, en génuflectant au début et à la fin au mot Hosanna. Le chœur répète l’antienne et génuflecte de même. Ensuite les enfants chantent l’antienne Cum angelis, génuflectant à la fin. Cette antienne est répétée par le couvent qui génuflecte de même (?). »

« Après quoi, l’antienne Ave, rex noster ayant été entonnée par l’abbé ou le chantre, les porteurs franchissent la station, précédés par les porteurs de bannières et autres porteurs, l’ordre d’arrivée étant conservé. Tous génuflectent, non en même temps, mais, de chaque côté, à mesure que le brancard passe devant chacun. Après le chant de cette antienne on en chante d’autres selon que le permet la distance. Arrivé aux portes de la ville on fait une station, les distances entre deux chœurs étant gardées selon l’espace dont on dispose ; le brancard est posé sur une table recouverte d’une nappe, les porteurs se tenant de chaque côté, face à face, la table entre eux. Ce lieu à l’entrée de la ville doit être dignement orné de draperies et de parements. »




« Tout étant ainsi ordonné, les enfants et ceux qui les accompagnent chantent depuis un lieu convenable Gloria laus et le chœur répond. Les enfants chantent Israel es tu Rex, et le chœur Cui puerile decus ; de même Plebs Hebraea tibi, et le chœur Cui puerile ; Coetus in excelsis et Gloria laus. Après quoi le chantre entonne le répons Ingrediente Domino ; la procession entre alors dans la ville et on sonne les deux grosses cloches, ce jusqu’à l’entrée de la procession dans le chœur [de l’église] où on sonnera les autres cloches pour la messe. Les choses étant ainsi ordonnées, parvenu aux portes du monastère, on fait une station, les enfants conservant leur ordre entre les deux chœurs. On dépose le brancard sur une table recouverte d’une nappe. Le chantre aura entre temps entonné le répons Collegerunt pontifices pour qu’il s’achève à ce moment ; après ce répons trois ou quatre frères, qui se tiennent entre le chœur et le reste de la procession, revêtus de chapes que le sacristain aura préparées, chantent le verset Unus autem ex ipsis. Après quoi on entre dans l’église au chant des antiennes Principes et Appropinquabat que le chantre entonne. Entré dans l’église on fait une station semblable devant le crucifix préalablement découvert. Là trois ou quatre frères en chape exécutent le répons Circumdederunt. Après quoi l’abbé entonne le répons Synagogae et on entre dans le chœur tandis que l’on sonne les cloches pour la messe ; à la messe on tient les palmes et les rameaux à la main, et on les offre après l’oblation du pain et du vin, à la suite du diacre, selon l’ordre hiérarchique. »



[1] Decreta pro ordine S. Benedicti hoc est ordinationes quas monachi tum in monasteriis, tum etiam in ecclesiis cathedralibus observare debeant - I cf. PL 150, 455

LA SEMAINE SAINTE : Le Dimanche des Rameaux

La messe solennelle du premier jour de la Semaine Sainte est précédée de la bénédiction et de la procession des rameaux. Ce dimanche est appelé pour cela Dominica in palmis, ‘Dimanche des Rameaux’ [1].

C’est l’Église de Jérusalem qui inaugura cet usage en parcourant les lieux mêmes où le Christ avait marché lors de son entrée solennelle. La pèlerine Égérie, qui y assista à la fin du IVe siècle en donne une description. Le peuple et le clergé de Jérusalem se rendaient alors à la septième heure (environ 13 h.) à l’Éléona, c’est-à-dire à la basilique du Mont des Oliviers. Après le chant des hymnes et des antiennes on gagnait le lieu de l’Ascension, où vers la onzième heure (17 h.) on chantait l’évangile de l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem. On se rendait alors en procession à la grande basilique du Saint-Sépulcre, tandis les enfants tenaient en main des rameaux de palmiers et d’oliviers, selon ce que chante la Liturgie :
Pueri Hebraeorum, portantes ramos olivarum, obviaverunt Domino.
« Les enfants des hébreux, portant des rameaux d’oliviers, allèrent au-devant du Seigneur ».
Les documents liturgiques des siècles subséquents nous apprennent que, par la suite, l’heure de cette procession subit des variations pour être finalement fixée au matin. Les rameaux étaient distribués à Béthanie puis on se rendait à la grande basilique au chant de l’Hosanna et du Benedictus.




Cette procession s’introduisit, en Occident vers le VIe ou VIIe siècle. Amalaire de Metz (mort vers 850) s’en fait brièvement l’écho : [2]
« En mémoire de ce fait nous avons coutume de porter des rameaux dans nos églises en chantant Hosanna. »
Les usages étaient divers selon les Églises. Au commencement on se contentait de tenir des rameaux pendant la lecture de l’évangile et de bénir les fidèles à cette occasion. La bénédiction s’étendit ensuite aux rameaux que l’on tenait en mains pendant la procession qui précédait la messe. En certaines Églises, l’Eucharistie était portée solennellement pendant la procession, donnant ainsi à ce triomphe du Christ un caractère plus réel et sacramentel. Ce fut la première procession du Saint-Sacrement [3].

'Hagia Mystiria'


La Liturgie n’est pas une activité culturelle ou artistique ; la Liturgie est un mystère, c'est-à-dire une réalité sacrée et divine qui nous dépasse, dans laquelle on ne peut entrer que progressivement, à mesure que l’on entre dans le mystère chrétien. Les lignes qui suivent voudraient y aider. Il faut entrer dans ce mystère avec crainte et vénération, savoir interroger les prêtres dont la mission est de le célébrer et de le transmettre, et accepter de ne pas tout comprendre immédiatement.

La Tradition liturgique
La Hiérarchie
Les quatre parties de la Messe
La préparation
L'offrande
Le sacrifice
La participation


C’est de la foi qu’il porte au fond de son cœur que découle le comportement et l’attitude générale du chrétien à l’église. Nous y sommes en effet en présence de Dieu, notre créateur, qui donne à chacun la vie et l’existence : « Car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Actes 17,28). D’où l’attitude fondamentale du chrétien face à Dieu : « L'homme estimera que Dieu, du haut du ciel, le regarde à tout moment, qu'en tout lieu le regard de la divinité voit ses actes et que les anges les lui rapportent à tout moment. »[1] La crainte de Dieu, le sens du mystère et de la transcendance divine sont la première attitude de l’homme face à son créateur. Ceci se réalise tout particulièrement pendant la Liturgie. La Liturgie est une action sacrée dont l’objet est de louer Dieu, de lui rendre honneur et gloire. L’adoration est constamment présente dans la Liturgie ; elle en est la note dominante. C’est dans cette louange divine, pour laquelle les chrétiens se rassemblent à l’église, que l’homme atteint sa perfection et son bonheur dès ici-bas. Oui, la Liturgie est une assemblée, mais pas une assemblée profane ; elle est une assemblée sacrée, dont le but est la louange et l’adoration.

C’est pourquoi cette assemblée ne se réunit pas en cercle ; elle ne fait pas face au célébrant, mais tous sont tournés dans la même direction, vers l’Orient, lieu de la naissance du Soleil, symbole du créateur.
Tout ce qui est bruit, bavardage, vulgarité, excitation et désordre en tout genre est exclu. La Liturgie est célébrée dans un lieu sacré (l’église), pas dans une salle quelconque, avec des objets et des vêtements sacrés, dans une langue (le latin, le grec, le syriaque etc.) et une musique sacrée, différente de la musique profane, où la voix humaine se fait entendre dans toute sa pureté, sans alliage mondain.

C’est ce qui explique aussi la tenue à genoux ou debout, rarement assise [2], les inclinations, la dignité, le respect, le silence. On ne se tient pas dans une église comme dans un salon ou une salle d’attente, les jambes croisées, renversé sur un dossier, ou écroulé sur un prie-Dieu. On ne s’y rend pas en tenue de sport ou de plage… Une église n’est pas une salle de concert, une salle des pas perdus, un musée, une cours de récréation.

La révérence et la crainte nous sont aussi imposées parce que nous sommes pécheurs. Malgré les bons sentiments qui semblent nous habiter, nous nous sommes détournés de l’amour de Dieu, et, en conséquence, séparés les uns des autres. Chacun, s’il est honnête avec lui-même, peut le reconnaître dans sa conduite, où se rencontrent l’indifférence, l’égoïsme et les passions. Peut-être le service de Dieu et son amour nous attirent-ils, mais en fait notre vie est remplie d’esprit de jouissance et d’orgueil.
Il y a une réelle distance entre nous et les choses sacrées, dont nous sommes indignes. Cela implique des attitudes du corps, des gestes, des chants et des prières qui expriment notre repentir et de notre humilité.


Septuagésime 2)


Lire la première partie de notre article sur la Septuagésime

La création et la chute

Sans imposer aucune pénitence particulière, l’Église, en Occident, commence d’ores et déjà, de manière spirituelle, cette démarche de conversion qui se poursuivra tout au long du Carême.

C’est là le rôle concret, pratique, du Temps liturgique de la Septuagésime : une préparation au carême. Le carême est un temps de pénitence, un temps de privations.

Or, il n’est jamais facile de se priver, surtout à notre époque de culte de la jouissance. Il faut s’y préparer en se rappelant les grands événements qui ont placé l’humanité dans son état actuel de décadence.

On lit aux Vigiles nocturnes le récit biblique de la création et du péché originel. Tous les répons des matines, jusqu’au premier dimanche de carême, chantent la création et la chute, avec les accents émouvants des formules de la Genèse.

Voici le premier répons des matines de la Septuagésime :

« Au Principe, Dieu créa le ciel et la terre, et y fit l’homme, à son image et à sa ressemblance.
Il forma donc l’homme du limon de la terre et souffla sur sa face un souffle de vie. »

Ce répons conclut la première lecture, le début du Livre de la Genèse, le tout premier livre de la Bible.
À la Septuagésime on recommence tout… La liturgie nous renvoie au Principe, au « commencement », à la création du temps et de l’espace, à la création de l’homme, et à la chute.

Voici deux autres répons tirés de la Genèse :

« Le Seigneur Dieu prit l'homme, et le mit dans le paradis de volupté, afin qu'il le cultivât et le gardât. Car le Seigneur Dieu avait planté à l’origine un paradis de volupté, dans lequel il mit l'homme qu'il avait formé, afin qu'il le cultivât et le gardât... »

« Le Seigneur se promenant dans le paradis à la brise du soir, appela et dit : Adam, où es-tu ?
Seigneur, j’ai entendu votre voix, et je me suis caché. J’ai entendu votre voix dans le paradis, et j’ai eu peur »...

Septuagésime 1)


Trois semaines avant le Carême, au dimanche que l’on appelle ‘de la Septuagésime’, la Liturgie se revêt déjà de la couleur sombre de la pénitence : le violet. Les chants de l’Alléluia et du Gloria sont suspendus. Selon les variations de la date de Pâques, ce dimanche de la Septuagésime peut se situer entre le 18 janvier et le 22 février. Dans l’ignorance où l’on est aujourd’hui de la Tradition liturgique, cet ‘avant-carême’ qu’est le temps de la Septuagésime risque de passer inaperçu, ou bien même paraître une complication inutile.

« Les angoisses de la mort m’ont entouré… »

Dom Guéranger écrivait déjà à ce propos :
« L’insouciance pour les formes liturgiques, qui est l’indice le plus sensible de l’affaiblissement de la foi dans une chrétienté, et qui règne si universellement autour de nous, est cause que beaucoup de chrétiens […] voient chaque année, sans en être émus, cette suspension de l’Alléluia. »

La suspension de l’Alléluia - et dès lors la perspective pascale - est annoncée par l’ajout d’un double Alléluia au Benedicamus Dño des Premières Vêpres de la Septuagésime (le samedi soir), comme cela se fait pendant l’octave de Pâques.
Cet adieu à l’Alléluia était autrefois plus solennel. Voici par exemple deux antiennes tirées d’un ancien antiphonaire et rapportées par Dom Guéranger :

« Que le bon Ange du Seigneur t’accompagne, Alléluia ;
qu’il rende ton voyage prospère, afin que tu reviennes avec nous dans la joie, Alléluia, Alléluia.
Alléluia, reste encore avec nous aujourd’hui ; demain tu partiras, Alléluia ;
et quand le jour se lèvera tu te mettras en route, Alléluia, Alléluia, Alléluia. »

Angelus Dñi bonus comitetur tecum, Alleluia ;
et bene disponat itineri tuo, ut iterum cum gaudio revertaris ad nos, Alleluia, Alleluia.
Alleluia, mane apud nos hodie, et crastina proficisceris, Alleluia ;
et dum ortus fuerit dies, ambulabis via tua, Alleluia, Alleluia.


Origine de la Septuagésime

Le Carême est constitué de quarante jours de pénitence. Mais les dimanches ne sont pas des jours de jeûnes ; chez les grecs le jeûne est aussi exclu le samedi. Pour arriver au nombre de quarante jours de pénitence, on anticipa donc les austérités au lundi de la troisième semaine précédant le Carême proprement dit, en commençant l’abstinence de viande le lundi de la troisième semaine avant le Carême ; tel est encore l’usage byzantin.
Or, aux temps de l’antiquité chrétienne, Rome était aussi bien grecque que latine. Une forte proportion de byzantins en occupait quelques quartiers. Plusieurs Papes furent grecs. Leurs usages s’installèrent donc à Rome et saint Grégoire le Grand institua définitivement ce temps de la Septuagésime. À la différence des grecs, il n’y avait pas alors de prescriptions pénitentielles spéciales, si ce n’est que le clergé commençait l’abstinence de viande dès le lundi de la Quinquagésime (lundi précédant le premier dimanche de Carême), appelé pour cela in carnis privio ou in carne levario...

Les messes de la Septuagésime et de la Sexagésime semblent bien avoir été composées du temps même de saint Grégoire. Les Introïts (« Les angoisses de la mort m’ont entouré… ») et les collectes reflètent, en effet, la triste situation où se trouvait alors la Ville éternelle. Après les invasions barbares, les byzantins avaient reconquis la plus grande partie de l’Italie en détruisant le royaume ostrogoth qui s’était mis en place. Mais, du coup, l’Italie restait sans défense véritablement organisée. L’ordre public n’était plus maintenu que par un gouvernement impérial très éloigné (à Byzance), et rien ne pouvait arrêter les nouveaux envahisseurs lombards. La situation politique et économique était donc des plus précaires. Qui plus est, il y avait aussi, en ce temps, de violents tremblements de terre, ce qui, du reste, n’est pas rare en Italie...

Cependant, la Liturgie de l’Église n’est pas celle d’une époque particulière. Quelles que soient les circonstances de cette institution, les chants de la Septuagésime sont ceux de l’Église de tous les temps, et donc aussi les nôtres aujourd’hui.

Lire la suite de l'article sur Le sens de la Septuagésime...