« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

FÊTE DE L'ASSOMPTION

MARIE REINE
Mosaïque absidiale de Sainte-Marie du Transtévère, Rome

Sommet du sanctoral et des fêtes de la Vierge, l’Assomption domine sans conteste toute la partie de l’année liturgique qui s’écoule depuis les fêtes pascales jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte. Le dogme de l’Assomption est l’exemple par excellence d’une vérité que nous ne connaissons que par Tradition et qui n’est pas dans l’Écriture. Alors que le rationalisme et le modernisme voudraient réduire ce mystère à un mythe ou à la simple expression d’une vénération de la Vierge, nous devons plus que jamais y adhérer de tout cœur et intégralement :

la Vierge Marie n’a pas connu la corruption du tombeau, 
mais elle est montée au Ciel avec son corps.


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gastrimargia - chapitre 3f




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Au désert, comme Évagre le signale à plusieurs reprises, le Christ a vaincu, les trois vices principaux que nous avons nommés plus haut, à savoir : la Gastrimargie, la Philargyrie (Avarice) et la Kenodoxie (Gloriole) ; et cela, de façon exemplaire, puisqu’il ne s’agit pas là de ses tentations propres, mais de celles de la nature humaine qu’il a assumée pour nous sauver. Il est donc clair que, ce sont là effectivement les formes primitives des tentations auxquelles succombent constamment les hommes depuis Adam y compris. Ce que le Christ fait et dit a ici valeur de principe et d’exemplarité : le tentateur est vraiment vaincu ; et en même temps, nous devons nous insérer personnellement dans l’œuvre du Christ. Là se situe le lieu théologique de « l’ascèse ».
On voit par les réponses du Christ, toutes tirées du Deutéronome, que ces trois tentations étaient figurées par les luttes d’Israël dans le désert. Or, celles-ci ne sont que la répétition en trois aspects de la tentation originelle d’Adam : celle de la désobéissance autocratique. Pour Adam, la faim de ce fruit défendu par lequel il espérait pouvoir se créer une existence propre, indépendante de Dieu, fut aussi l’occasion extérieure d’un acte de désobéissance. C’est sur ce point, tel un doigt sur la plaie, que porte la première réponse du Christ :

L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole
qui jaillit de la bouche de Dieu.

Le Christ cite là un verset tiré du second discours de Moïse au peuple d’Israël, où le sens des épreuves du désert est donné. La « parole qui jaillit de la bouche de Dieu » est celle de la Promesse, à rebours de toute attente humaine :

Il [Dieu] t'a humilié, il t'a fait avoir faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. (Dt 8, 3)

Par cette « faim », l’homme devait comprendre ce qu’Adam n’avait pas compris : que son existence est une existence donnée, accordée gratuitement, et qu’elle ne peut subsister qu’ainsi. Tout à l’encontre de l’expression courante aujourd’hui : le pain d’abord, la parole ensuite !

Ce ne sont pas les différentes espèces de fruits qui nourrissent les hommes, mais c'est votre parole qui conserve ceux qui croient en vous. (Sag 16, 26)

L’homme ne « vit » véritablement comme tel qu’autant qu’il « parle » avec Dieu, qu’il écoute sa parole par la Foi et y répond par l’obéissance. Évagre a très bien exposé cela dans un chapitre de son traité Sur la Prière, où l’on voit également quels motifs se cachent finalement derrière les suggestions diaboliques.

Que signifie pour les démons l'excitation en nous de la gourmandise, de la luxure, de la cupidité, de la colère, de la rancune et des autres passions ? C'est pour que notre intellect, alourdi par elles, ne puisse pas prier comme il faut; car les passions de la partie irrationnelle, venant à dominer, ne lui permettent pas de se mouvoir rationnellement et de chercher à atteindre le Verbe de Dieu.

Pour bien comprendre ce texte, il faut se souvenir de la structure de l’âme dont nous avons parlé plus haut. Pour Évagre, l’activité naturelle de l’intellect, c’est-à-dire conforme à la Création, c’est la prière. Or, la prière est une « élévation vers Dieu » ; elle conduit à un colloque intime (ὁμιλία) avec Lui, et ce « sans aucun intermédiaire », c’est-à-dire, comme avec un père. C’est cela qu’Évagre appelle ici logikôs, c’est-à-dire une motion, un mouvement conforme à sa condition primordiale, mouvement qui consiste précisément dans la recherche du Dieu-Verbe, du Dieu-Logos.
La prière est une ouverture parfaite et amoureuse à la Parole et en même temps la réponse empressée à cette Parole. Dans la prière seulement, l’être humain peut vraiment se développer, être capable d’accueillir la Parole. Rien n’est plus odieux à l’Ennemi qu’un homme qui prie. Et il va mettre en œuvre toutes les ressources de sa ruse pour l’en empêcher !

Ce n’est pas ici le lieu de développer la doctrine si riche d’Évagre sur la prière.
Il nous suffira de savoir que les passions sont autant « d’épaississement », ou « d’affaiblissement » contre nature de l’esprit humain. En premier lieu vient la Gastrimargie. Elle provoque un retournement de l’homme sur lui-même, le rend étrange et étranger à Dieu, lui ravit la PAROLE.
Prier, c’est « aller immatériel à l’immatériel », c’est-à-dire, d’après le contexte, sans l’intermédiaire d’une quelconque créature ni d’une quelconque représentation imaginaire. Ceci n’a donc rien à voir avec du mépris pour le corps ou pour la Création. Ce qui est visé, c’est un peu comme dans le « sans façon vers Celui qui est sans façon » de Maître Eckart, un contact immédiat avec Dieu, dans une relation personnelle entre la personne de l’homme et celle de Dieu.

On s’aperçoit donc que la Gastrimargie exprime une crise de la personnalité humaine dans sa forme la plus foncière, nonobstant les manifestations variées dans la vie quotidienne qui tendent à dissimuler ce fait.
Or, crise (κρίσις) signifie discernement, autant que décision. Lorsque l’homme « est en crise », ce n’est pas pour être condamné, mais pour être à même de poser une nouvelle et plus libre décision. L’histoire de l’homme ne s’arrête donc pas avec la chute au Paradis Terrestre, mais elle reprend de plus belle, sous le signe d’une défaillance toujours possible. Ainsi, la Gastrimargie n’est aucunement la fin, le point final de la crise humaine, mais un passage, une phase transitoire, dont l’aboutissement est et reste ouvert.


(Fin du chapitre 3 - À suivre...)

gastrimargia - chapitre 3e




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Évagre avait ces choses bien présentes à l’esprit : cela ressort du fait qu’à plusieurs reprises, il ramène sa classification des huit tentations génériques de l’ennemi à trois fondamentales : Gastrimargie, Avarice et Vaine Gloire ; en outre, il retrouve dans ces trois tentations, celles du Christ au désert : la Gastrimargie, dans l’envie de « pain », l’Avarice dans la suggestion de s’approprier tous les royaumes de la terre et toutes leurs richesses, la Gloriole, dans le désir d’offrir le spectacle d’un miracle éclatant. Ces trois tentations forment ensemble le premier front, l’avant-garde de l’armée démoniaque, derrière laquelle attendent les autres bataillons. Qui n’a pas enfoncé cette avant-garde ne pourra pas se soustraire aux passions ultérieures.

Les liens reliant entre elles les diverses passions qui se font jour ici, sont dignes de remarque, car ils montrent que les trois vices principaux, et en premier lieu la Gastrimargie, sont comme la porte par laquelle les passions subséquentes ont coutume de pénétrer. Évagre constate fort justement :

Il n’est pas possible, en effet, de tomber aux mains de l’esprit de luxure si l’on n’a pas succombé (auparavant) à la gourmandise, et on ne peut se mettre en colère si l’on ne lutte pour satisfaire les concupiscences déraisonnables des nourritures, des richesses ou de la gloire. Il n’est pas possible non plus d’échapper au démon de la tristesse si l’on est privé de toutes ces choses ou qu’on ne peut les obtenir.

La Gastrimargie joue en cela un rôle tout particulier :

Le premier des peuples (païens),
C’est Amalec,
Et la première des passions,
C’est la gourmandise.

Le contexte de cette sentence symbolique est l’histoire du conflit entre Israël et Amalec, le premier des peuples étrangers à guerroyer contre le Peuple de l’Alliance pour lui empêcher l’entrée dans la Terre Promise, symbole du Salut. Amalec est donc pour tous les temps l’ennemi d’Israël par excellence, dont il faut même, selon le commandement divin, effacer la mémoire (Cf. Ex 17,8-16 ; Dt 25,17-19).

La Gastrimargie est cette brèche qui ouvre la voie aux autres vices. Évagre n’étudie pas systématiquement tous les liens entre les vices, mais on peut tirer facilement de ses ouvrages la conclusion suivante : la Gastrimargie se trouve en relation directe ou indirecte avec les autres vices. Naturellement, c’est la relation à la luxure qui est la plus fréquente, comme dans le texte cité ci-dessus. De même dans ceux-ci :

L’esprit de luxure se trouve dans des corps incontinents,
L’esprit de pureté dans des âmes chastes.
N’aie aucune pitié pour le corps qui se plaint de sa faiblesse,
Et garde-toi de le gaver de mets délicieux !
Car, s’il vient à prendre des forces, il va s’élever contre toi,
Et te livrer une guerre implacable
Jusqu’à ce que ton âme soit prise,
Et vendue en esclave à la passion de luxure.

Souvent, Évagre établit des liens entre la Gastrimargie et les phantasmes nocturnes, les rêves impurs et pire encore :

Ne donne pas au corps beaucoup de nourriture,
Et tu ne verras pas de mauvais phantasmes dans tes rêves.
Car, comme la flamme détruit la forêt,
Ainsi la faim éteint les imaginations honteuses.


Nous avons déjà vu comment la Gastrimargie conduit à l’avarice, dans le chapitre précédent.

L’avarice suggère une longue vieillesse, l’impuissance des mains au travail, les famines qui se produiront, les maladies qui surviendront, les amertumes de la pauvreté, et quelle honte il y a à recevoir des autres ce dont on a besoin.

La colère aussi, la troisième des passions génériques, de même que la tristesse, sont mises par Évagre en relation avec la Gastrimargie. Les raisons en sont évidentes. Le pacte occulte entre Gloriole et Orgueil (superbe) d’une part, et Gastrimargie d’autre part, a été dénoncé dans le texte cité ci-dessus, où Évagre analyse le renversement paradoxal de ce vice en un jeûne démesuré. On peut lire par ailleurs :

Contre les pensées de vaine gloire, qui s’empressent, par découragement, de faire connaître notre jeûne, afin que l’intellect, libéré et délivré des pensées de Gastrimargie, soit ligoté et retenu captif des pensées de vaine gloire. C’est ce qui est mis en scène par les démons impurs, pour empêcher l’intellect de s’élever et de lever son regard vers Dieu, par-dessus les pensées. « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites, qui exténuent leur visage, pour faire paraître aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » (Mt 6, 16)
Contre les pensées orgueilleuses qui me louent, comme si j’avais soumis non seulement l’estomac, mais encore vaincu la colère, simplement parce que je prie : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » (1Co 15, 10)

Comme, pour finir, l’acédie, le redoutable dégoût, constitue le point de convergence de presque toutes les autres passions, les liens avec ce vice sont particulièrement clairs. Évagre le dit dans sa langue laconique et pleine de symbolisme biblique :

Celui qui s’est saisi de la mâchoire,
A anéanti les Philistins,
Et aisément rompu ses liens.
L’élévation de la mâchoire
A fait surgir une source.
Et la libération de la gloutonnerie
Produit la contemplation pratique.

Le sens de tout ce passage pittoresque et sentencieux se trouve dans l’histoire de Samson : celui-ci, après s’être délivré de ses « liens » (c’est-à-dire de ses passions), trouva une mâchoire d’âne, s’en saisit (littéralement l’éleva), et en frappa 1000 Philistins. Ceux-ci symbolisent les « barbares » (c’est-à-dire les démons) qui occupent la « Terre Promise » (la connaissance de Dieu et de la Création). Le lieu où Samson trouva la mâchoire fut appelé « l’Élévation de la mâchoire » (Ἀναίρεσις σιαγόνος), comme les Septante (LXX) ont traduit l’hébreu « Ramath-Lehi ». C’est là encore que Dieu fit jaillir du rocher une source (symbole de la connaissance), à la prière de Samson assoiffé (Juges 15, 15-19). Nous avons là, soit dit en passant, un exemple éloquent de la façon dont les Anciens savaient lire un texte que le lecteur moderne parcourt rapidement, n’y voyant qu’une historiette.

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gastrimargia - chapitre 3d




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Revenons au vice de la Gastrimargie, et voyons sous quel aspect il nous apparaît maintenant. Quelques textes de l’Antirrhétique, que nous avions laissé de côté au chapitre précédent, vont nous y aider.

Contre la pensée qui pousse à se rassasier de nourriture et de boisson sans prendre garde au dommage qui résulte de la satiété du ventre (il faut dire) : « Lorsque tu mangeras et te rassasieras, garde-toi d'oublier Yahweh, qui t'a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. » (Dt 6, 12)
Contre la pensée qui désire se rassasier de nourriture et de boisson, pensant qu’il n’y a rien de mal à cela pour l’âme : « Mais Jacob est devenu gras, et il a regimbé … et il a abandonné le Dieu qui l'avait formé, et méprisé le Rocher de son salut. » (Dt 32, 15)
Contre la pensée qui nous incite à remplir notre ventre de pain et d’eau : « Ne conduis pas l'impie dans les pâturages des justes ; ne te laisse pas séduire par le rassasiement du ventre. » (Prv 24, 15 LXX)


Alors que les suggestions semblent ne tendre qu’à une gloutonnerie sans scrupule, les répliques, en revanche, jettent une vive lumière sur la tentation perverse qui s’y cache. D’une part, l’homme s’empiffre sans une ombre d’inquiétude – et d’autre part, il se laisse tromper à tel point par cet excès, qu’il en vient à oublier son Dieu !
Cette pensée est tout à fait courante dans l’Écriture. Après ce que nous avons dit, elle n’a plus rien d’étrange. La tentation à laquelle l’homme cède, en l’occurrence, est paradoxalement la même que celle qui se dissimulait derrière l’excès de jeûne : vaine gloire et orgueil. Toutes deux ont en commun une volonté d’autocratie souveraine. En effet, quand, dans le premier cas, l’homme se fortifie de façon purement physique, au point de se prendre tout à coup pour on ne sait qui, dans le deuxième cas, il se « nourrit » de manière subtile de sa propre perfection, s’imaginant être devenu indépendant (presque) du devoir de manger. Évagre s’est bien aperçu avec quelle facilité, ici, un démon tend la main à l’autre :

Contre les pensées de vaine gloire, qui s’empressent, par découragement, de faire connaître notre jeûne, afin que l’intellect, libéré et délivré des pensées de Gastrimargie, soit ligoté et retenu captif des pensées de vaine gloire. C’est ce qui est mis en scène par les démons impurs, pour empêcher l’intellect de monter par-dessus les pensées, et d’élever son regard vers Dieu.

Maintenant se révèle ici de manière paradoxale, à travers les tentations de Gastrimargie, la crise de l’humanité « depuis Adam et Ève ». Car tant en enfreignant, par volonté propre, la Tradition des Pères qui soutiennent un régime raisonnable et bien réglé, qu’également en s’empiffrant sans retenue, l’homme se coupe de Dieu, et par là du prochain, que ce soit par orgueil et vanité, par avarice, souci des biens matériels etc. … La Gastrimargie est donc une crise de la personnalité en sa forme originelle. L’homme créé à l’image de Dieu n’est en effet une « personne » que dans l’ouverture parfaite à la personnalité de l’autre : la Personnalité absolue du Dieu-Créateur qui rend possible cette référence à lui ; et aussi, de façon dérivée, la personnalité du prochain, autre « image de Dieu », que nous « devons aimer presque autant que son modèle. »

L’orgueil ne compte que sur lui-même, mais la Gastrimargie a perdu, dans son souci excessif, toute espèce de confiance en un fondement quelconque. Mais au fond, tous deux remontent au même égoïsme, tel une ultime bouée de sauvetage qui n’a jamais sauvé personne, mais dont tout le monde se persuade de tenir en main la suprême sécurité. Dans l’orgueil comme dans l’inquiétude égoïste, l’homme perd cette confiance familière, cette « franchise » (παρρησία) qui lui permettait, au commencement, d’avoir une vraie liberté de regard et de parole. Lorsque cette référence naturelle de la personne humaine à la personne de Dieu, et « presque autant » – puisqu’une parfaite communion n’est pas possible en cette vie – à la personne du prochain, est troublée, l’homme s’engage dans la crise existentielle que lui cause sa vie superficielle et dépourvue de sens. Son véritable accomplissement dans la rencontre avec autrui a alors échoué. Avec un tact incomparable, l’Écriture note qu’Adam, une fois tombé, se cache instinctivement de devant la face de Dieu, il n’ose plus le regarder dans les yeux. Mais les deux premiers hommes se cachent également l’un à l’autre, car ils ont perdu, en même temps que la familiarité avec Dieu, la familiarité l’un envers l’autre.

Si donc le péché originel de l’homme consiste dans une désobéissance et une infidélité, entendues comme une écoute détournée du commandement divin, et comme une attention curieuse portée à la suggestion diabolique, alors la seule attitude qui soit conforme au plan de la Création est bel et bien l’obéissance. Certes, l’abus permanent que l’on a fait et que l’on fait encore du mot obéissance et de sa notion, ne rend pas facile l’accès à cette vérité fondamentale. Car c’est là que s’ouvre, pour l’homme déchu, le gouffre du pouvoir, dont l’instrument privilégié est précisément l’abus de l’obéissance, de la confiance, de la crédulité.

Dans ce contexte, obéissance ne signifie plus que soumission et esclavage à l’égard d’une puissance supérieure ! En réalité, l’obéissance est bien plutôt l’acquiescement audacieux accordé à l’invitation non moins audacieuse de Dieu. C’est la seule réponse qui soit digne de Dieu et de l’homme, réponse faite à cette parole que Dieu nous a envoyée, afin de nous inviter à un colloque libre et intime avec lui. Obéir est l’attitude profonde du Fils à l’égard du Père, celle du VERBE, parfaite expression de Dieu lui-même et parfaite réponse à la fois. Cela, nous le savons avec certitude, depuis que le Christ, « second Adam », véritable Adam, nous a révélé l’obéissance parfaite et filiale, et ainsi effacé la désobéissance originelle du premier Adam, comme l’enseigne S. Paul (Rm 5, 19).

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