« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :


 
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un skite dédié à tous les Saints Pères de la vie monastique,
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Nos publications sont réparties sous trois rubriques spéciales :

  • vie et doctrine monastique, science sacrée à la lumière de la Sainte Écriture et des Pères de l'Église, présentés sur notre page TRADITIO PATRUM.
  • richesses de la divine liturgie, ses trésors de prières et de cérémonies, présentés sous le libellé SACRA MYSTERIA.
  • études diverses sur la Chrétienté, notamment l'intégralité du De Regno de saint Thomas d'Aquin accompagné de notes et de commentaires : sur CHRISTI REGNUM.

Nous souhaitons à tous nos visiteurs une bonne et fructueuse lecture.



PENTECÔTE 1)

Le nom de Pentecôte vient du grec πεντηκοντα, qui signifie ‘cinquante’. Dans l’Ancien Testament on célébrait par la fête de la Pentecôte la promulgation de la Loi sur le Mont Sinaï cinquante jours après la Pâque (cf. Ex 12 ; 19-20 ; 31). Cette Loi était comme la constitution du peuple hébreu et lui donnait son existence religieuse et politique.

Les Actes des Apôtres nous rapportent qu’en la fête de la Pentecôte qui suivit la Passion et la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la première communauté chrétienne était réunie autour de la Vierge Marie et des Apôtres. En ce jour, la Pentecôte de l’Ancien Testament fut transformée en Pentecôte de la Nouvelle Alliance, de même la Pâque de l’Ancien Testament avait cédé la place à celle du Christ : une nouvelle Loi fut substituée à l’ancienne.


La Pentecôte, Lectionnaire de Cluny (ms. nouv. Acq. lat. 2246), XIe siècle
fol. 79 v, Bibliothèque Nationale de France, Paris
« Le cinquantième jour est mis en valeur dans les Écritures ; ceci non seulement dans l’Évangile, du fait de la venue du Saint-Esprit, mais aussi dans les livres de l’Ancien Testament. Après la célébration de la Pâque par l’immolation de l’agneau, on compte cinquante jours jusqu’au jour où la Loi, écrite par le doigt de Dieu, fut donnée à Moïse, le serviteur de Dieu, sur le Mont Sinaï : or dans les livres de l’Évangile il est déclaré expressément que ‘doigt de Dieu’ signifie le Saint-Esprit. Un évangéliste dit en effet : ‘C’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons.’ (Lc 11,20) ; un autre dit de même : ‘c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons’. (Mt 12,28)
[…]
L’agneau est mis à mort, la Pâque est célébrée, et, après cinquante jour, la Loi de crainte est écrite par le doigt de Dieu. Le Christ est mis à mort, conduit à l’immolation comme une brebis, comme l’atteste Isaïe (Is 53,7), la Pâque véritable est célébrée, et, après cinquante jour, le Saint-Esprit qui est le doigt de Dieu, est donné pour la charité, à l’encontre des hommes qui cherchent leur propre avantage, et qui portent un joug pénible et un lourd fardeau, sans trouver de repos pour leurs âmes ; car la charité ne cherche pas son propre avantage. (1 Co 13,5) [1]

C’est par le doigt de Dieu que la Loi a été donnée le cinquantième jour après l’immolation de l’agneau, et le Saint-Esprit est venu le cinquantième jour après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ. L’agneau a été mis à mort, la Pâque a été célébrée, cinquante jours se sont écoulés, la loi a été donnée. Mais cette Loi était une Loi de crainte, non une Loi d’amour ; pour que la crainte fût changée en amour, le juste a été tué ; le type de ce juste était l’agneau que les juifs mettaient à mort. Il est ressuscité ; et depuis le jour de la Pâque du Seigneur, comme depuis le jour de la Pâque de l’agneau immolé, on compte cinquante jours ; et le Saint-Esprit est venu, dans la plénitude de l’amour, non dans la peine de la crainte. Pourquoi cela ? Le Seigneur est ressuscité et a été glorifié pour envoyer le Saint-Esprit. » [2]



À la différence de l’ancienne Loi, la nouvelle n’est pas écrite sur des tables de pierre, mais dans le cœur des fidèles par le Saint-Esprit, selon ce que prophétisait Jérémie (31,33) : « Après ces jours-là, dit Yahvé : Je mettrai ma loi au dedans d'eux et je l'écrirai sur leur cœur. » Même si elle implique des prescriptions, la nouvelle Loi est essentiellement la grâce du Saint-Esprit, non un code juridique.
« Comme la Loi des œuvres fut écrite sur des tables de pierre, la Loi de la foi fut écrite dans le cœur des fidèles […] Quelles sont-elles, ces lois que Dieu lui-même a inscrites dans nos cœurs, sinon la présence même du Saint-Esprit ? » [3]


Au jour de la Pentecôte sont accomplies, et ne cessent de s’accomplir depuis lors, les paroles du Christ :
« Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous me rendrez témoignage. » (Jn 15,26)
« C’est lui qui me glorifiera. » (Jn 16,14)
Par les Apôtres et par l’Église, le Saint-Esprit rend témoignage au Christ et le glorifie. Tandis que sa Résurrection était restée le secret d’un petit cercle de disciples, que l’Église restait ignorée, que la première communauté chrétienne vivait dans la crainte, lors de la Pentecôte la victoire du Christ est rendue publique et proclamée par les Apôtres ; elle est confirmée par les miracles qu’ils accomplissent en son Nom.
En envoyant le Saint-Esprit, le Christ fait éclater la gloire et la puissance de sa Résurrection. La Pentecôte, comme toutes les fêtes de l’année liturgique, est donc bien une fête du Christ. Elle est la fête du Christ qui envoie le Saint-Esprit sur son Église et accomplit ainsi son Œuvre, jusqu’au dernier jour où elle sera achevée.


PENTECÔTE 2)

Lire la première partie de l'article...


La loi du Sinaï donnait au peuple juif sa constitution et l’établissait comme peuple sacré et sacerdotal. En ce jour, le nouveau peuple de Dieu connaît aussi sa propre fondation. Cette loi spirituelle donne au nouveau peuple de Dieu sa constitution, laquelle n’est pas d’abord législative et canonique mais consiste dans la vie de l’Esprit Saint. C’est le Saint-Esprit qui lui donne sa forme ultime.

La venue du Saint-Esprit, au jour de la Pentecôte, est un phénomène aussi grand dans l'économie divine du salut de l'homme que l'Incarnation du Verbe dans le sein de la Très Sainte Vierge. […] Le moyen par lequel le Saint-Esprit remplit sa mission purificatrice est l'Église Catholique qui est, essentiellement, un peuple réuni par le Saint-Esprit dans la foi en la victoire du Christ. [1]

La présence du Saint-Esprit dans l’Église est aussi nouvelle [à la Pentecôte] que celle du Fils de Dieu à l'Incarnation. […] La venue du Fils de Dieu et la venue du Saint-Esprit sont deux faits semblables, analogues, étant posé que le Verbe se tient uni substantiellement à la nature humaine, tandis que le Saint-Esprit est devenu, pour ainsi dire, l'âme qui donne la vie à toute l’Église. Le Saint-Esprit ne remplace pas le Christ mais la présence intérieure du Christ dans l’Église remplace sa présence extérieure. Sans le Saint-Esprit la religion chrétienne ne serait plus qu'un événement historique. Le Saint-Esprit nous conserve tout ce que Notre Seigneur a fait, tout ce qu'Il a dit. [2]

De même que le Verbe de Dieu est présent en l’homme Jésus-Christ par l’union hypostatique, ainsi le Saint-Esprit est présent dans l’Église. C’est par lui que le Christ est vivant en elle, et que se conserve ce qu’il y a établi. Sans le Saint-Esprit la religion ne serait qu’un phénomène culturel, et l’Église ne serait qu’un organisme social, purement humain. Or, tous les membres, toutes les articulations, toutes les communautés et toutes les hiérarchies qui forment et animent l’Église, vivent par le Saint-Esprit.
« Dans le corps physique, les membres divers sont maintenus dans l'unité par l'action de l'esprit, qui vivifie et dont le retrait entraîne la disjonction des membres. De même dans le corps de l'Église, la paix entre les divers membres se conserve par la vertu du Saint-Esprit. » [3]
« Ce que l’âme est au corps d’un homme, le Saint-Esprit l’est au corps du Christ qui est l’Église : ce que fait l’âme dans tous les membres d’un seul corps, le Saint-Esprit le fait dans toute l’Église. » [4]
Toutes les actions de l’Église, la Liturgie, les sacrements, la doctrine, les missions, tout est animé par le Saint-Esprit.



Il nous faut donc voir l’Église autrement que comme une institution sociale ou un appareil administratif. L’institution sociale est bien mal en point aujourd’hui, mais l’essentiel n’est pas là. Par les yeux de la foi, nous voyons au-delà.

L’Église ne se réduit pas à son aspect extérieur. Le Saint-Esprit y est toujours présent. Il est absent là où il y a l’erreur et le péché, mais il continue d’agir. Cette action n’est certes pas toujours évidente, mais le principe demeure : L’Église est là où agit le Saint-Esprit, et inversement. Il ne peut pas quitter l’Église, de même que le Verbe ne pouvait pas quitter la nature humaine du Christ, même sur la Croix. Notre vie chrétienne, la vie de nos familles, de nos communautés, la Liturgie que nous célébrons sont l’œuvre du Saint-Esprit.

Inversement, nous ne devons pas limiter l’œuvre du Saint-Esprit à notre univers personnel ou à notre petite communauté. Le Saint-Esprit est plus puissant que les divisions établies par les hommes. D’une manière qui ne nous est pas forcément évidente, le Saint-Esprit continue d’être présent partout dans l’Église. Mêlé à l’erreur et au péché - mais nous-mêmes, sommes-nous exempts de ténèbres ? - le feu du Saint-Esprit se diffuse dans tout le Corps mystique du Christ. En ce sens là - en ce sens-là seulement - la Pentecôte est permanente.
L’Église est toujours jeune, même si certaines institutions humaines sont vieillies.
C’est toujours dans l’Église que nous recevons la vie.




[1] Dom Anschaire Vonier, La victoire du Christ, c.13-14.

[2] Dom Anschaire Vonier, L'Alliance nouvelle et éternelle, c.6.

[3] Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologica, II-II, 183, a2, ad3.

[4] Saint Augustin, Sermon 267,4.