« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

FESTA PASCHALIA !

On appelle ‘Temps Pascal’ la portion de l’Année Liturgique qui court de la fête de Pâques à celle de la Pentecôte inclusivement. Cela fait exactement cinquante jours, comme l’indique le mot grec Pentecostes. Cette cinquantaine pascale est prolongée par l’octave de la Pentecôte, instituée plus tardivement, et qui développe la solennité de cette dernière fête de manière semblable à l’octave de Pâques, sans qu’elle soit pour autant incompatible avec le jeûne des Quatre Temps.


La résurrection
Notre résurrection
La vie éternelle

Cette période de l’année liturgique se caractérise par la répétition fréquente de l’Alléluia, les mélodies simples et joyeuses des hymnes Ad coenam Agni providi (Conviés au banquet de l’Agneau) et Aurora lucis rutilat (L’aurore brille de tout son éclat), mélodies que l’on reprend à tous les offices du jour. Les psaumes des Complies sont chantés le dimanche – et déjà le samedi soir – sur un ton spécial, plus léger et plus mélodieux.
On notera aussi la brièveté de plusieurs offices qui n’ont qu’une antienne pour tout un groupe de psaumes : tout respire l’allégresse et la simplicité. Les acclamations au Christ ressuscité reviennent fréquemment sur les lèvres du clerc et du moine, invocations que le chrétien fervent s’appliquera, lui aussi, à répéter tout au long de la journée : Surrexit Dominus vere ! (Le Seigneur est vraiment ressuscité !) ; Mane nobiscum Domine ! … (C’est l’invocation des disciples d’Emmaüs : Restez avec nous, Seigneur, car il se fait tard !) …

L’institution du Temps Pascal remonte aux premiers âges de l’Église. Nous en avons un beau témoignage dans les Conférences de Cassien [1].
Question : Pourquoi, pendant cinquante jours, adoucissons-nous dans nos repas les rigueurs de l'abstinence, alors que Jésus-Christ ne resta que quarante jours avec ses disciples, après sa résurrection ?
Réponse de l’abba Théonas : Votre demande est juste et mérite que je vous fasse connaître toute la vérité. Après l'ascension du Sauveur, qui eut lieu quarante jours après sa résurrection, les Apôtres descendirent de la montagne des Oliviers, où ils l'avaient vu retourner à son Père, comme il est dit dans les Actes des Apôtres. Ils rentrèrent à Jérusalem, et y attendirent, pendant dix jours, la venue de l'Esprit-Saint. Ils le reçurent quand ces dix jours furent passés, et célébrèrent par conséquent avec joie le cinquantième jour qui complète le temps consacré par les fêtes de l'Église. Nous voyons, dans l'Ancien Testament, ce temps pascal indiqué par des figures. Ainsi fallait-il, sept semaines après Pâques, faire offrir au Seigneur le pain des prémices, par les mains des prêtres. (Dt 16) Les Apôtres, en prêchant ce jour-là au peuple de Jérusalem, offrirent bien à Dieu le vrai pain des prémices, qui nourrit de la doctrine nouvelle et rassasia généreusement cinq mille hommes choisis parmi les Juifs, et qu’ils consacrèrent au Seigneur telles les prémices du peuple chrétien. C'est pour cela qu'il faut réunir les dix jours aux quarante qui les ont précédés, et les célébrer avec la même joie et la même solennité.
Cette tradition, qui remonte au temps des Apôtres, mérite d'être fidèlement observée. Aussi, pendant ces jours, ne se met-on pas à genoux en priant, parce que cette posture est un signe de pénitence et de tristesse. Nous observons donc le temps pascal comme un seul dimanche, et nos Pères nous ont appris qu'il ne fallait, ce jour-là, ni jeûner, ni se mettre à genoux, pour honorer la résurrection du Sauveur. »
Ces cinquante jours comprennent donc les cinq semaines après Pâques, la fête de l’Ascension et celle de la Pentecôte. Pour bien comprendre et vivre intérieurement ce que l’Église célèbre extérieurement, il faut se rappeler cette vérité fondamentale de tout l’ordre liturgique : la Liturgie et les Sacrements ont une triple signification : ils commémorent un événement passé, ils signifient une réalité présente, ils annoncent un événement futur, c'est-à-dire la fin ultime de l’œuvre divine de notre Salut.

LA SEMAINE SAINTE : Le Vendredi Saint

Jusqu’au VIIe siècle le Vendredi Saint était un jour a-liturgique : aucun office n’était célébré et il n’y avait même pas de communion eucharistique. Il y avait privation complète, tant de la nourriture corporelle que de la nourriture sacramentelle : jour de jeûne absolu, on ne prenait simplement rien. Tout comme la Croix n’est pas seulement signe de la mort du Christ, mais encore de son triomphe et de sa royauté, la Messe ne commémore pas seulement la Passion, mais encore tout le mystère pascal, mystère du Salut et victoire du Christ.
Le Vendredi-Saint, l’Église voilant la gloire du Christ, ferme les solennités de son triomphe ; il n’y a donc pas de messe, non plus que le lendemain Samedi-Saint. C’est par la prière silencieuse et personnelle que chacun communie en son cœur à la Passion du Christ.


Mais communier spirituellement à la Passion et à la Mort du Sauveur rendait convenable d’y communier sacramentellement par l’Eucharistie. C’est pourquoi dès VIIe siècle on commença à donner la sainte communion en ce jour.
Par la suite, afin de solenniser cette communion, on introduisit une cérémonie que l’Église d’Orient connaissait déjà, à savoir la ‘messe des présanctifiés’. Autrefois, en effet, - et l’usage demeure en Orient et à Milan - on ne célébrait pas la messe les jours de jeûne, en particulier les mercredis et vendredis de Carême, voire même à toutes les féries de Carême. Non que la nourriture eucharistique fût incompatible avec le jeûne, mais l’abstinence de solennité convenait au temps de pénitence. En ces jours, l’Église d’Orient célèbre une Liturgie, semblable à une messe, mais dont on omet la consécration. Cette cérémonie, dont l’ordonnance pour le rit byzantin a été réglé par la Pape saint Grégoire le Grand, a reçu, en Orient comme en Occident, le nom de « messe des présanctifiés » (θεία λειτουργία τῶν προηγιασμένων), parce qu’on y communie aux Saints Dons qui ont été consacrés un jour précédent.


LA SEMAINE SAINTE : Le Jeudi Saint


Au soir du Jeudi-Saint, à la fin du repas pascal de l’Ancienne Loi, le Christ institua celui de la Nouvelle Alliance, l’Eucharistie, en le célébrant pour la première fois. Simultanément il instituait l’ordre sacerdotal de la Nouvelle Alliance en ordonnant aux Apôtres : « Faites ceci en mémoire de moi ».

Trois messes solennelles étaient anciennement célébrées en ce jour : une pour la réconciliation des pénitents, une autre pour la consécration des saintes huiles, et enfin celle que l’on chantait en commémoration de la Cène du Seigneur.

Nous allons étudier successivement :
La réconciliation des pénitents
Le Sacrifice vespéral
Le lavement des pieds
La suite de la Messe
La procession au reposoir



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La réconciliation des pénitents

Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, pour certains péchés particulièrement scandaleux l’Église exigeait non seulement la réception du sacrement de pénitence et l’accomplissement d’une pénitence privée, mais imposait encore une pénitence publique. Les pécheurs publics qui voulaient être réconciliés avec le Christ et l’Église recevaient les cendres au début du Carême (c’est l’origine de notre Mercredi des cendres). Leur pénitence prenait fin le Jeudi-Saint : ils étaient réintégrés dans l’Église au cours d’une cérémonie ainsi décrite par Dom Guéranger :

Dimanche des Rameaux : Extrait du Cérémonial de Lanfranc

Au Moyen-Âge en certains lieux, la procession des rameaux incluait une adoration du Saint-Sacrement. Le texte suivant est un exemple de cérémonial. Il a pour auteur Lanfranc (+1089), abbé du Bec-Helloin (Normandie) puis archevêque de Cantorbéry, supérieur et maître de saint Anselme. L'ordonnance de cette cérémonie montre bien la signification royale et triomphale de la procession [1].

« Après Tierce on lit l’évangile Turba multa. Ensuite l’abbé ou un prêtre bénit les palmes, les fleurs et les rameaux placés devant l’autel majeur sur un tapis ; il les asperge d’eau bénite et les encense. Les sacristains distribuent les palmes à l’abbé, aux prieurs et aux plus dignes, les fleurs et les rameaux aux autres personnes. Entre-temps on chante les antiennes Pueri Hebraeorum qui sont entonnées par le chantre. »

« On part alors en procession, le chantre entonnant ce qui doit y être chanté. Lorsque la procession quitte le chœur on sonne toutes les cloches. L’ordre de la procession est le suivant : les familiers portant les bannières, un convers portant le bénitier, deux autres portant deux croix ; puis deux autres portant deux candélabres avec les cierges allumés, deux autres portant deux encensoirs allumés et garni d’encens. C’est l’abbé qui impose l’encens, s’il est au chœur, sur présentation des encensoirs et de la navette par les convers thuriféraires ; ou bien le chantre en l’absence de l’abbé. Car c’est lui qui distribue ce qui doit être porté et qui met en ordre la procession. Suivent deux sous-diacres portant deux évangéliaires. Puis les moines laïcs et les enfants avec leur maîtres. Après eux suivent les autres frères, deux par deux comme les prieurs, et l’abbé, en dernier. »

« Voici ce qui est chanté à la procession, en totalité ou autant que le permettra le parcours : Ante sex dies, Cum appropinquaret, Prima autem azymorum, Dominus Jesus, Cogitaverunt, Cum audisset populus, omnes collaudant. Lorsqu’on est parvenu en son lieu, on fait la station de la manière suivante. Tandis que le chantre entonne l’antienne Occurrunt turbae deux prêtres revêtus de l’aube sortent en portant un brancard qu’ils ont auparavant disposé, et sur lequel se trouve le corps du Christ. Les porteurs de bannières, de croix et d’autres objets mentionnés précèdent ce brancard. Les porteurs s’arrêtent et se tiennent de part et d’autre du brancard, dans l’ordre où ils sont venus. Les enfants s’approchent et se tiennent face à la procession, avec leurs maîtres et quelques chantres qui peuvent leur être en aide. Les anciens se tiennent face à face comme au chœur. Cette station est ordonnée de manière à ce qu’il y ait un petit intervalle entre les enfants et le reste du couvent. L’antienne occurrunt turbae étant achevée les enfants et ceux qui sont avec eux chantent l’antienne Hosanna filio David, en génuflectant au début et à la fin au mot Hosanna. Le chœur répète l’antienne et génuflecte de même. Ensuite les enfants chantent l’antienne Cum angelis, génuflectant à la fin. Cette antienne est répétée par le couvent qui génuflecte de même (?). »

« Après quoi, l’antienne Ave, rex noster ayant été entonnée par l’abbé ou le chantre, les porteurs franchissent la station, précédés par les porteurs de bannières et autres porteurs, l’ordre d’arrivée étant conservé. Tous génuflectent, non en même temps, mais, de chaque côté, à mesure que le brancard passe devant chacun. Après le chant de cette antienne on en chante d’autres selon que le permet la distance. Arrivé aux portes de la ville on fait une station, les distances entre deux chœurs étant gardées selon l’espace dont on dispose ; le brancard est posé sur une table recouverte d’une nappe, les porteurs se tenant de chaque côté, face à face, la table entre eux. Ce lieu à l’entrée de la ville doit être dignement orné de draperies et de parements. »




« Tout étant ainsi ordonné, les enfants et ceux qui les accompagnent chantent depuis un lieu convenable Gloria laus et le chœur répond. Les enfants chantent Israel es tu Rex, et le chœur Cui puerile decus ; de même Plebs Hebraea tibi, et le chœur Cui puerile ; Coetus in excelsis et Gloria laus. Après quoi le chantre entonne le répons Ingrediente Domino ; la procession entre alors dans la ville et on sonne les deux grosses cloches, ce jusqu’à l’entrée de la procession dans le chœur [de l’église] où on sonnera les autres cloches pour la messe. Les choses étant ainsi ordonnées, parvenu aux portes du monastère, on fait une station, les enfants conservant leur ordre entre les deux chœurs. On dépose le brancard sur une table recouverte d’une nappe. Le chantre aura entre temps entonné le répons Collegerunt pontifices pour qu’il s’achève à ce moment ; après ce répons trois ou quatre frères, qui se tiennent entre le chœur et le reste de la procession, revêtus de chapes que le sacristain aura préparées, chantent le verset Unus autem ex ipsis. Après quoi on entre dans l’église au chant des antiennes Principes et Appropinquabat que le chantre entonne. Entré dans l’église on fait une station semblable devant le crucifix préalablement découvert. Là trois ou quatre frères en chape exécutent le répons Circumdederunt. Après quoi l’abbé entonne le répons Synagogae et on entre dans le chœur tandis que l’on sonne les cloches pour la messe ; à la messe on tient les palmes et les rameaux à la main, et on les offre après l’oblation du pain et du vin, à la suite du diacre, selon l’ordre hiérarchique. »



[1] Decreta pro ordine S. Benedicti hoc est ordinationes quas monachi tum in monasteriis, tum etiam in ecclesiis cathedralibus observare debeant - I cf. PL 150, 455

LA SEMAINE SAINTE : Le Dimanche des Rameaux

La messe solennelle du premier jour de la Semaine Sainte est précédée de la bénédiction et de la procession des rameaux. Ce dimanche est appelé pour cela Dominica in palmis, ‘Dimanche des Rameaux’ [1].

C’est l’Église de Jérusalem qui inaugura cet usage en parcourant les lieux mêmes où le Christ avait marché lors de son entrée solennelle. La pèlerine Égérie, qui y assista à la fin du IVe siècle en donne une description. Le peuple et le clergé de Jérusalem se rendaient alors à la septième heure (environ 13 h.) à l’Éléona, c’est-à-dire à la basilique du Mont des Oliviers. Après le chant des hymnes et des antiennes on gagnait le lieu de l’Ascension, où vers la onzième heure (17 h.) on chantait l’évangile de l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem. On se rendait alors en procession à la grande basilique du Saint-Sépulcre, tandis les enfants tenaient en main des rameaux de palmiers et d’oliviers, selon ce que chante la Liturgie :
Pueri Hebraeorum, portantes ramos olivarum, obviaverunt Domino.
« Les enfants des hébreux, portant des rameaux d’oliviers, allèrent au-devant du Seigneur ».
Les documents liturgiques des siècles subséquents nous apprennent que, par la suite, l’heure de cette procession subit des variations pour être finalement fixée au matin. Les rameaux étaient distribués à Béthanie puis on se rendait à la grande basilique au chant de l’Hosanna et du Benedictus.




Cette procession s’introduisit, en Occident vers le VIe ou VIIe siècle. Amalaire de Metz (mort vers 850) s’en fait brièvement l’écho : [2]
« En mémoire de ce fait nous avons coutume de porter des rameaux dans nos églises en chantant Hosanna. »
Les usages étaient divers selon les Églises. Au commencement on se contentait de tenir des rameaux pendant la lecture de l’évangile et de bénir les fidèles à cette occasion. La bénédiction s’étendit ensuite aux rameaux que l’on tenait en mains pendant la procession qui précédait la messe. En certaines Églises, l’Eucharistie était portée solennellement pendant la procession, donnant ainsi à ce triomphe du Christ un caractère plus réel et sacramentel. Ce fut la première procession du Saint-Sacrement [3].